Lettre du prélat de l’Opus Dei sur l’Eucharistie ( 6.X.2004 )

« Jésus est resté dans l'Eucharistie pour venir en aide à notre faiblesse, à nos doutes, à nos craintes, à nos angoisses ; pour guérir notre solitude, nos perplexités, nos découragements ; pour nous accompagner sur le chemin ; pour nous soutenir dans la lutte. Surtout, pour nous apprendre à aimer, pour nous attirer vers son amour. » Ce sont quelques mots tirés de la lettre pastorale écrite par Mgr Xavier Echevarria, à l’occasion de l’Année Eucharistique convoquée par Jean Paul II.

Lettres pastorales

Lettre pastorale à l'occasion de l'Année de l'Eucharistie, S.E. Mgr Xavier Echevarria Prélat de l'Opus Dei


Rome, 6 octobre 2004


« La Sainte Eucharistie contient tout le trésor spirituel de l'Église, c'est-à-dire le Christ lui-même, lui notre Pâque, lui le Pain Vivant, lui dont la chair, vivifiée par l'Esprit Saint et vivifiante, donne la vie aux hommes » [1]. Cette mystérieuse et ineffable manifestation de l'amour de Dieu pour l'humanité, occupe une place privilégiée dans le cœur des chrétiens et, concrètement, dans le cœur des enfants de Dieu dans l'Opus Dei. C'est ainsi que notre très cher Père nous l'a enseigné, par son exemple, par sa prédication et par ses écrits lorsqu'il affirmait que l'Eucharistie constitue « le centre et la racine de la vie spirituelle du chrétien » [2].

C'est la raison pour laquelle, la décision du saint-père, rendue publique lors de la dernière solennité de la Fête-Dieu, de célébrer une Année de l'Eucharistie dans l'Église universelle, nous a remplis de joie. Vous vous souvenez que cette période commence en ce mois d'octobre, avec le Congrès Eucharistique International de Guadalajara (Mexique), et s'achèvera en octobre 2005, avec l'Assemblée ordinaire du Synode des Évêques, consacré précisément à cet admirable sacrement.

Dans une merveilleuse continuité avec le Jubilé de l'an 2000 et dans l'esprit de la Lettre Apostolique Novo Millenio Ineunte, je désire que les fidèles de la Prélature, les coopérateurs et les personnes qui se forment à la chaleur de l'esprit de l'Œuvre, nous secondions jour après jour le pontife romain et que, de toutes nos forces, nous fassions en sorte que la Sainte Eucharistie occupe chaque fois plus le centre de toute notre existence. Je vous suggère aussi que durant cette Année Eucharistique, accompagnés par la Sainte Vierge, avec la récitation du chapelet, et entraînés par l'exemple de saint Josémaria, nous soyons actifs au pied du tabernacle pour manifester du fond de notre cœur à Jésus, devenu Hostie Sainte : Adoro te devote ! Proposons-nous ce but et soyons exigeants, car notre vie aura d'autant plus de valeur que notre piété eucharistique sera intense.

Adoro te devote, latens deitas, quæ sub his figuris vere latitas Dieu a tant aimé le monde

Nous commençons par un acte personnel d'adoration soumise à l'Eucharistie, au Christ lui-même, car dans ce très Saint Sacrement « sont contenus vraiment, réellement et substantiellement le corps et le sang en même temps que l'âme et la divinité de notre Seigneur Jésus-Christ et, en conséquence, le Christ tout entier »[3]. Jésus est présent, mais on ne le voit pas : il est caché sous les espèces du pain et du vin[4]. « Il est caché dans le Pain… par amour pour toi »[5].

L'amour qu'il manifeste envers les créatures est la raison pour laquelle il est demeuré parmi nous, dans ce monde, sous le voile eucharistique. « Depuis tout petit, j'ai parfaitement compris le pourquoi de l'Eucharistie : c'est un sentiment que nous éprouvons tous ; vouloir rester pour toujours avec ceux que nous aimons »[6]. Notre Père, considérant le mystère d'amour du Christ, qui met ses délices à être avec les fils des hommes (cf. Pr 8, 31), qui ne consent pas à nous laisser orphelins (cf. Jn 14, 18), qui a décidé de demeurer parmi nous jusqu'à la fin des temps (cf. Mt 28, 20), expliquait la raison de l'institution de ce sacrement en utilisant la comparaison des personnes qui doivent se séparer. « Ils aimeraient être toujours ensemble, mais le devoir — quel qu'il soit — les oblige à s'éloigner l'un de l'autre » ; et puisqu'ils ne parviennent pas à rester ensemble, ils « échangent un souvenir ; peut-être une photographie », mais « ils ne peuvent pas faire davantage : les désirs des créatures dépassent tellement leurs possibilités ». Jésus, Dieu et Homme, dépasse ces limites par amour pour nous. « Ce que nous ne pouvons pas, le Seigneur le peut ». Lui « ne nous laisse pas un symbole, mais la réalité : Il reste lui-même »[7] : celui qui est né de Marie à Bethléem ; celui qui a travaillé à Nazareth, qui a parcouru la Galilée et la Judée et qui est mort crucifié au Golgotha ; enfin, celui qui est ressuscité glorieusement le troisième jour et qui est apparu à plusieurs reprises à ses disciples[8].

La foi chrétienne a toujours confessé cette identité, dans le but aussi de s'opposer aux nostalgiques qui cherchaient une excuse à leur peu d'esprit chrétien, alléguant qu'ils ne voyaient pas, comme les premiers disciples, le Seigneur ; ou pour contrer ceux qui argumentaient qu'ils se comporteraient autrement s'ils pouvaient véritablement fréquenter le Seigneur. « Combien disent maintenant : J'aimerais voir sa silhouette, son visage, ses vêtements ! Mais, c'est lui que tu vois, que tu touches, dont tu te nourris. Tu désires voir ses vêtements ; mais il se donne lui-même à toi, non seulement pour que tu le voies, mais pour que tu le touches et que tu te nourrisses de lui, que tu le reçoives en toi. Que personne, donc, ne s'approche avec méfiance, personne avec tiédeur : tous enflammés, tous fervents et vigilants »[9].

Un Dieu qui est proche

Saint Josémaria nous a appris à accepter dans une plénitude de foi la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, de sorte que le Seigneur pénètre véritablement dans notre vie et nous dans la sienne, et que nous le regardions et le contemplions, avec les yeux de la foi, comme une personne réellement présente : il nous voit, il nous entend, il nous attend, il nous parle, il s'approche de nous et nous cherche, il s'immole pour nous durant la sainte messe[10].

Notre Père expliquait que les hommes tendent à imaginer le Seigneur « loin, là-haut, où brillent les étoiles », comme se désintéressant de ses créatures ; et ils n'arrivent pas à croire « qu'il est aussi toujours à nos côtés »[11]. Peut-être aurez-vous rencontré des personnes qui considèrent le Créateur si différent des hommes, qu'il leur semble que les petites ou les grandes mésaventures qui composent la vie humaine ne l'intéressent pas. Nous savons, cependant, qu'il n'en est pas ainsi, et que « Yahvé est élevé et il voit les humbles » (Ps 137, 6, Vulg.) : il regarde chacun avec amour, tout ce qui nous concerne l'intéresse.

« Le Dieu de notre foi n'est pas un être lointain, qui contemple avec indifférence le sort des hommes : leurs aspirations, leurs luttes, leurs angoisses. C'est un Père qui aime ses enfants au point d'envoyer le Verbe, Seconde Personne de la Très Sainte Trinité, pour que, en s'incarnant, il meure pour nous et nous rachète. C'est ce même Père aimant qui nous attire maintenant doucement vers lui, par l'action du Saint-Esprit qui habite en nos cœurs »[12]. L'amour et l'intérêt infinis du Fils pour chacun d'entre nous l'ont conduit à rester dans la Sainte Hostie, outre le fait de s'être incarné, d'avoir travaillé et d'avoir souffert comme ses frères les hommes. Il est vraiment l'Emmanuel, Dieu avec nous. « Le Créateur a débordé d'affection pour ses créatures. Notre Seigneur Jésus-Christ, comme si toutes les autres preuves de la miséricorde n'avaient pas été suffisantes, institue l'Eucharistie pour que nous puissions l'avoir toujours près de nous et parce que — dans la mesure où nous pouvons comprendre — poussé par son amour qui n'a pourtant besoin de rien, il ne veut pas se passer de nous »[13].

Actes d'adoration

Face à ce mystère de foi et d'amour, nous tombons en adoration ; attitude nécessaire, car c'est seulement ainsi que nous manifestons de façon adéquate que nous croyons que l'Eucharistie est vraiment, réellement et substantiellement le Christ présent avec son corps, son sang, son âme et sa divinité. Cette disposition est aussi nécessaire, car c'est seulement ainsi que notre amour — soumis et plénier — peut répondre de façon suffisamment adéquate à l'immense amour de Jésus pour chacun de nous (cf. Jn 13, 1 ; Lc 22, 15). Notre adoration pour le Christ dans le Saint-Sacrement, parce qu'il est Dieu, comporte à la fois un geste extérieur et une dévotion intérieure : de l'amour. Ce n'est pas un rite conventionnel, mais un don intime de la personne qui se traduit extérieurement. « Dans la sainte messe, nous adorons, en accomplissant avec amour le premier devoir de la créature envers son Créateur : «c'est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, c'est à lui seul que tu rendras culte» (Dt 6, 13 ; Mt 4, 10). Non pas une adoration froide, formelle, servile, mais une estime et un respect intimes, qui sont le propre des fils très aimants »[14].

Les gestes d'adoration, tels que l'inclinaison de tête ou du corps, la génuflexion, la prostration, veulent toujours exprimer la révérence et l'affection, la soumission, l'anéantissement, le désir d'union, de service et, évidemment, ce n'est pas de la servilité. La véritable adoration ne signifie pas éloignement, distance, mais identification amoureuse, car « un enfant de Dieu traite le Seigneur comme un Père. Ses relations ne se réduisent pas à un hommage servile, à une politesse purement formelle, de simple courtoisie, mais sont pleines de sincérité et de confiance »[15].

Quelle importance saint Josémaria n'accordait-il pas à ces manifestations de piété, aussi petites qu'elles puissent nous sembler ! Ces détails sont chargés de signification, ils révèlent la finesse intérieure de la personne et la qualité de sa foi et de son amour. « Comme ils sont tous pressés maintenant au moment de s'adresser à Dieu ! […]. Toi, ne sois pas pressé. Ne fais pas, au lieu d'une génuflexion pieuse, une contorsion du corps, qui ressemble à une moquerie […]. Fais la génuflexion ainsi, doucement, avec piété, fais-la bien. Et tandis que tu adores Jésus dans le Saint-Sacrement, dis-lui dans ton cœur : Adoro te devote, latens deitas. Je t'adore, Dieu caché »[16].

Et il accordait encore plus d'importance à cette attitude intérieure d'amour, qui doit imprégner toutes les manifestations extérieures de la dévotion eucharistique. L'adoration de Jésus dans le Saint-Sacrement va de la contemplation de son amour pour nous, à la déclaration soumise de l'amour de la créature pour lui ; mais ce n'est pas simplement une question de paroles, qui sont aussi nécessaires, cela se manifeste surtout par des actes extérieurs et intérieurs de don : « que chacun de nous sache dire en silence au Seigneur que rien ne pourra nous séparer de lui, que par sa disponibilité — il est là sans défense — à rester sous les fragiles apparences du pain et du vin, il a fait de nous des esclaves volontaires »[17]. Se faisant l'écho de saint Jean Damascène, saint Thomas d'Aquin explique que, dans la véritable adoration, l'humiliation extérieure du corps manifeste et excite la dévotion intérieure de l'âme, le désir de se soumettre à Dieu et de le servir[18].

Nous ne devons pas hésiter — au contraire ! — à répéter au Seigneur que nous l'aimons et que nous l'adorons, mais nous devons donner toute leur valeur à ces paroles par nos actes de soumission et par notre obéissance à son vouloir. « Dieu notre Seigneur a besoin que vous lui répétiez, en le recevant chaque matin : Seigneur, je crois que c'est toi, je crois que tu es réellement caché sous les espèces sacramentelles ! Je t'adore, je t'aime ! Et lorsque vous lui rendez une visite à l'oratoire, dites-le-lui à nouveau : Seigneur, je crois que tu es réellement présent ! Je t'adore, je t'aime ! C'est cela l'affection envers le Seigneur. C'est ainsi que nous l'aimerons chaque jour davantage. Ensuite, continuez à l'aimer plus encore durant la journée, en pensant et en vivant cette considération : je vais bien terminer les choses par amour pour Jésus-Christ qui nous préside depuis le tabernacle »[19].

Tibi se cor meum totum subiicit, quia, te contemplans, totum deficit S'émerveiller devant ce mystère d'amour

Face au don de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, que de fois notre Père répétait-il : « il est resté ici-bas pour toi» ; «c'est par amour pour toi qu'il s'est humilié à ce point »[20]. En contemplant tant d'amour, le cœur croyant est en quelque sorte foudroyé, il est rempli d'admiration, et il désire correspondre à son tour, en se donnant entièrement au Seigneur. « Moi, je m'émerveille devant ce mystère d'Amour »[21]. Cultivons ce sentiment, cette disposition de l'intelligence et de la volonté, pour ne pas nous habituer et pour garder toujours l'âme simple de l'enfant qui s'émerveille devant les cadeaux que son père lui prépare. Exprimons aussi notre profonde reconnaissance : « Merci, Jésus, merci de t'être tellement abaissé, au point de venir rassasier tous les besoins de notre pauvre cœur »[22]. Et, comme conséquence logique, mettons-nous à chanter, en louant notre Père Dieu, qui a voulu alimenter ses enfants du corps et du sang de son Fils ; et persévérons dans cette louange car elle sera toujours trop brève[23].

Jésus est resté dans l'Eucharistie pour venir en aide à notre faiblesse, à nos doutes, à nos craintes, à nos angoisses ; pour guérir notre solitude, nos perplexités, nos découragements ; pour nous accompagner sur le chemin ; pour nous soutenir dans la lutte. Surtout, pour nous apprendre à aimer, pour nous attirer vers son amour. « Quand vous contemplez l'Hostie Sacrée, exposée dans l'ostensoir sur l'autel, voyez comme ils sont grands l'amour, la tendresse du Christ. Moi je me l'explique, en pensant à mon amour pour vous. Si je pouvais en même temps être au travail loin de vous, et me trouver tout près de chacun d'entre vous, avec quelle joie je le ferais !

« Mais le Christ, lui, il le peut. Et lui qui nous aime d'un amour infiniment supérieur à ceux que peuvent abriter tous les cœurs de la terre, il est resté là pour que nous puissions nous unir toujours à sa très sainte Humanité, et pour nous aider, pour nous consoler, pour nous fortifier, pour que nous soyons fidèles »[24]

« Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos voies ne sont pas mes voies, — oracle de Yahvé. Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes voies sont élevées au-dessus de vos voies, et mes pensées au-dessus de vos pensées » (Is 55, 8-9). La logique eucharistique dépasse toute logique humaine, non seulement parce que la présence du Christ sous les espèces sacramentelles est un mystère que nous ne pourrons jamais saisir entièrement avec notre intelligence ; mais aussi parce que le don du Christ dans l'Eucharistie dépasse complètement la petitesse du cœur humain, celle de tous les cœurs humains réunis. Tant de générosité peut paraître incompréhensible pour notre esprit limité, car elle se situe bien loin des petits ou grands égoïsmes qui si souvent nous assaillent.

« C'est lui, le plus grand fou qu'il y ait jamais eu et qu'il y aura jamais. Y a-t-il plus grande folie que de se donner comme il se donne, et à qui il se donne ?

« Car c'eût été une folie s'il était resté un Enfant sans défense ; mais alors nombre de malfrats se seraient émus et n'auraient pas osé le maltraiter. Or cela lui a semblé encore trop peu : il a voulu s'anéantir davantage. Et il s'est fait nourriture, il s'est fait Pain.

« O Fou divin ! Comment les hommes te traitent-ils ?… Et moi-même ? »[25]

Il est nécessaire d'agrandir notre cœur pour nous approcher de Jésus dans le Saint-Sacrement. Certes, la foi est aussi nécessaire ; mais il faut en plus être une âme d'Eucharistie, « savoir aimer », « savoir se donner aux autres », imitant, malgré notre petitesse, le don du Christ à tous et à chacun. Grâce à son expérience personnelle, saint Josémaria a pu nous confier : « La fréquence des visites que nous rendons à notre Seigneur dépend de deux facteurs : de notre foi et de notre cœur ; de voir et d'aimer la vérité »[26].

À «l'école» de saint Josémaria

Depuis qu'il était tout jeune, notre Père savourait en profondeur l'amour du Christ pour nous, lui qui a voulu rester dans ce Sacrement ; il avait en effet une très grande foi « que l'on pouvait couper au couteau » et il savait aimer : il pouvait se donner « en exemple d'homme qui sait aimer ». C'est pourquoi la « folie d'amour » du Seigneur qui se donne à nous dans ce Sacrement « avait conquis son cœur », et il pouvait comprendre que l'anéantissement et l'humiliation auxquels était parvenu le Seigneur par affection tendre et forte à la fois envers chacun d'entre nous aient pu atteindre leur degré maximum. C'est pour cela aussi, qu'il sut correspondre à cet amour sans céder à la généralité dans l'anonymat : il se considérait directement interpellé par le Christ qui s'offrait dans l'Eucharistie pour sa propre vie et celle de chacun, ce qui lui permit d'écrire, en se référant au Saint Sacrifice : « »Notre» messe, Jésus… »[27].

Parcourons chaque jour le même itinéraire que notre très cher fondateur : demandons très souvent au Seigneur, avec les apôtres, comme le répétait saint Josémaria : adauge nobis fidem ! Et, par conséquent, apprenons à «l'école de Mariano» à nous donner constamment aux autres, en commençant par servir ceux qui se trouvent autour de nous, avec une attention vibrante d'amour sacrifié. Ainsi, nous saurons nous aussi entrer dans le mystère d'amour eucharistique et nous unir intimement au sacrifice du Christ. En même temps, l'amour que nous éprouvons pour le Seigneur dans le Saint-Sacrement nous conduira justement à nous donner aux autres, sans que cela se remarque, sans en faire peser le poids : comme le Seigneur, en passant inaperçus. « C'est par amour et pour nous apprendre à aimer que Jésus est venu sur terre et qu'il est demeuré parmi nous dans l'Eucharistie »[28].

Dans notre conduite personnelle, nous devons imiter le oblatus est quia ipse voluit (Is 53, 7, Vulg.) de Jésus : cette forte détermination intérieure de se donner et de se livrer à la personne aimée, d'accomplir ce qu'elle espère et ce qu'elle demande. Nous avons besoin d'un cœur pur, rempli d'affections droites, libéré des désordres introduits par le moi exorbité. « Les manifestations extérieures d'amour doivent naître du cœur et avoir leur prolongement dans le témoignage d'une conduite chrétienne […]. Que nos paroles soient véridiques, claires, opportunes ; qu'elles sachent consoler et aider ; surtout, qu'elles sachent apporter aux autres la lumière de Dieu »[29].

Être véritablement une âme d'Eucharistie ne se réduit pas à l'observance fidèle de quelques pratiques, qui sont par ailleurs indispensables ; il s'agit plutôt d'un don complet de notre cœur et de notre vie, par amour pour celui qui nous a livré et continue à nous livrer la sienne avec une générosité absolue. Apprenons de la Vierge l'humilité et la disponibilité sans conditions pour aimer, accueillir et servir Jésus-Christ. Méditons fréquemment, comme nous le proposait notre très cher Père, le fait que « pour abriter le Christ en son sein, [Elle] fut conçue immaculée ». Il concluait cette invitation par cette question que nous pouvons nous poser : « si l'action de la grâce doit être proportionnelle à la différence entre le don et les mérites, ne devrions-nous pas transformer toute notre journée en une Eucharistie continuelle ? »[30]

Visus, tactus, gustus in te fallitur, sed auditu solo tuto creditur Avec la lumière de la foi

Comme il est évident l'échec des sens face au Très Saint Sacrement ! L'expérience sensible, façon naturelle pour notre intelligence de connaître ce que sont les choses, ne suffit pas ici. Seule l'ouïe sauve l'homme du naufrage de la sensibilité face à l'Eucharistie. Ce n'est qu'en écoutant la Parole de Dieu qui révèle ce que l'esprit ne perçoit pas à travers la sensibilité, et en l'accueillant avec foi, que l'on parvient à savoir que la substance, malgré les apparences, n'est pas du pain mais le corps du Christ, n'est pas du vin mais le sang du Rédempteur.

L'intelligence sombre aussi car elle ne parvient pas et elle ne parviendra jamais à comprendre comment l'aspect sensible — les espèces — du pain et du vin peut demeurer, alors que la réalité substantielle est constituée du corps et du sang du Christ. « Tu ne le comprends ni le vois ; mais la foi vive, elle, l'affirme, en dépassant la nature »[31].

Par cette vertu théologale, nous avons la certitude que ce mystère eucharistique ne peut être accepté par la raison humaine seule. « Seigneur, je crois fermement. Merci de nous avoir accordé la foi ! Je crois en toi, en cette merveille d'amour qu'est ta présence réelle sous les espèces eucharistiques, après la consécration, sur l'autel et dans les tabernacles où tu es réservé. Je crois davantage que si je t'écoutais de mes propres oreilles, davantage que si je te voyais de mes propres yeux, davantage que si je te touchais avec mes propres mains »[32].

« C'est notre foi tout entière qui intervient lorsque nous croyons en Jésus, en sa présence réelle sous les apparences du pain et du vin »[33]. Foi dans le pouvoir du Créateur ; foi en Jésus, qui affirme : « Ceci est mon corps », et qui ajoute : « Ceci est le calice de mon sang » ; foi en l'action ineffable de l'Esprit Saint, qui est intervenu dans l'Incarnation du Verbe dans le sein de la Sainte Vierge et qui intervient dans l'admirable conversion eucharistique, dans la transsubstantiation.

Foi dans l'Église qui nous enseigne : « Parce que le Christ notre Rédempteur a dit qu'était vraiment son corps ce qu'il offrait sous l'espèce du pain (voir Mt 26, 26-29 ; Mc 14, 22-25 ; Lc 22, 19 s ; 1 Co 11, 24-26), on a toujours été persuadé dans l'Église de Dieu — et c'est ce que déclare de nouveau aujourd'hui ce saint concile — que par la consécration du pain et du vin se fait un changement de toute la substance du pain en la substance du corps du Christ notre Seigneur et de toute la substance du vin en la substance de son sang. Ce changement a été justement et proprement appelé, par la sainte Église catholique, transsubstantiation »[34].

Dans la ligne des enseignements de ce Concile et avec toute la tradition, le Magistère postérieur a insisté sur le fait que « toute explication théologique, cherchant quelque intelligence de ce mystère, doit, pour être en accord avec la foi catholique, maintenir que, dans la réalité elle-même, indépendante de notre esprit, le pain et le vin ont cessé d'exister après la consécration, en sorte que c'est le corps et le sang adorables du Seigneur Jésus qui, dès lors, sont réellement présents devant nous sous les espèces sacramentelles du pain et du vin »[35].

Je vous conseille, tout spécialement au long de cette Année de l'Eucharistie, de relire et méditer certains des documents les plus importants que le Magistère de l'Église a consacrés au Très Saint-Sacrement[36]. Accueillons avec une profonde reconnaissance et avec vénération ces textes, renforçant notre obœdientia fidei à la Parole de Dieu qui nous est transmise dans ces enseignements avec l'autorité reçue de Jésus-Christ[37].

Credo quidquid dixit Dei Filius ; nil hoc verbo veritatis verius Paroles de vie

Notre foi se fonde sur les paroles mêmes du Seigneur, que l'Église a toujours comprises comme ce qu'elles sont, c'est-à-dire, dans leur sens plénier et réel. Après avoir multiplié les pains et les poissons, le Seigneur a déclaré : « Je suis le pain vivant descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai c'est ma chair, pour le salut du monde » (Jn 6, 51). Il ne parlait pas en termes figurés ; s'il en avait été ainsi, en constatant que beaucoup — y compris certains disciples — se scandalisaient en entendant ces mots, il se serait expliqué autrement. Mais il ne le fit pas ; au contraire, il réaffirma avec force : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage » (Jn 6, 54-55). Afin qu'ils ne pensent pas qu'il allait s'offrir à eux comme aliment de forme matérielle et sensible, il ajouta : « C'est l'esprit qui vivifie ; la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie » (Jn 6, 63).

Ce sont les paroles du Verbum spirans amorem : des paroles d'amour, qui conduisent à l'amour, car elles révèlent l'amour de Dieu pour l'humanité, elles annoncent la Bonne Nouvelle : « La Trinité s'est éprise de l'homme »[38]. Comment alors nos affaires ne l'intéresseraient-ils pas ? Comment n'interviendrait-il pas en notre faveur lorsque cela sera nécessaire ? « Sion disait : «Yahvé m'a abandonnée ; le Seigneur m'a oubliée !» Une femme oubliera-t-elle son nourrisson, n'aura-t-elle pas pitié du fruit de ses entrailles ? Quand même les mères oublieraient, moi, je te t'oublierai point ! » (Is 49, 14-15). Cet intérêt, cette attention de Dieu pour chacun d'entre nous, nous parvient, avec l'incarnation du Verbe, à travers son Cœur humain. « La faim et la douleur émeuvent Jésus, moins toutefois que l'ignorance. «En débarquant, il vit une grande foule et il en eut pitié, car ils étaient comme des brebis qui n'ont pas de berger, et il se mit à les instruire longuement» (Mc 6, 34) »[39].

Une attitude de confiance

Sur le plan naturel, il est logique de souligner l'importance de l'expérience sensible, comme fondement de la science et du savoir. Mais si nous n'observons « tout ce qui nous entoure […] qu'avec une vision humaine », il n'est pas difficile ou étonnant qu'arrive ce que décrivait notre Père : « Les yeux de notre âme se troublent ; notre raison croit pouvoir tout comprendre par elle-même sans avoir besoin de Dieu […]. L'intelligence humaine finit par se considérer comme le centre de l'univers, par croire une nouvelle fois au «vous serez comme des dieux» (Gn 3, 5) et, toute remplie d'amour pour elle-même, par tourner le dos à l'amour de Dieu »[40]. En cette époque qui « développe un climat mondial où tout est centré sur l'homme ; qui favorise une ambiance de matérialisme qui méconnaît la vocation transcendante de l'homme »[41], nous devons cultiver en nous, et répandre autour de nous, une l'attitude d'ouverture aux autres, une confiance raisonnable en la parole des autres.

Je vous signalais auparavant que pour comprendre la « générosité divine »[42] de l'Eucharistie, il est nécessaire de «savoir aimer» ; Considérez aussi qu'il est également nécessaire de «savoir écouter» et d'avoir confiance, avant tout, en Dieu et en son Église. La foi — soumission et, à la fois, élévation de l'intelligence — en Jésus dans le Saint-Sacrement nous libérera de cette spirale néfaste qui éloigne de Dieu ainsi que des autres ; elle nous défendra de cette « enflure générale » qui recouvre « le pire des maux »[43]. Le fait que notre intelligence s'incline devant la Parole incréée, cachée sous les espèces du pain, nous aide aussi à ne pas nous fier uniquement à nos sens et à notre jugement, et à renforcer en nous l'autorité de Dieu qui ne se trompe pas et ne peut pas se tromper.

Dans le tabernacle se cache la force, le refuge le plus sûr contre les doutes, contre les craintes et les inquiétudes[44]. C'est le Sacrement de la Nouvelle Alliance, de l'Alliance éternelle, nouveauté ultime et définitive car il n'est pas possible de se donner davantage. Sans le Christ, l'homme et le monde demeureraient dans l'obscurité. De même la vie du chrétien devient chaque fois plus sombre lorsqu'il se sépare du Christ. Ce sacrement, avec sa nouveauté définitive, chasse définitivement ce qui est vieux, l'incrédulité, le péché. « Il nous faut nous débarrasser de tout ce qui est périmé, dangereux, inutile : découragement, manque de confiance, tristesse, lâcheté. La Sainte Eucharistie fait pénétrer chez les enfants de Dieu la nouveauté divine ; nous devons répondre in novitate sensus (Rm 12, 2) par le renouvellement de toutes nos pensées et de toutes nos actions. Il nous a été donné une nouvelle source d'énergie, une racine puissante, greffée sur le Seigneur »[45].

In Cruce latebat sola deitas, at hic latet simul et humanitas Avec le Christ sur le Calvaire

La célébration de l'Eucharistie nous situe sur le Calvaire, parce que « dans ce divin sacrifice qui s'accomplit à la messe, ce même Christ est contenu et immolé de manière non sanglante, lui qui s'est offert une fois pour toutes de manière sanglante sur l'autel de la croix (He 9, 27) […]. C'est, en effet, une seule et même victime, c'est le même qui, s'offrant maintenant par le ministère des prêtres, s'est offert alors lui-même sur la croix, la manière de s'offrir étant seule différente »[46]. Nous accédons au Calvaire « non seulement par un simple souvenir plein de foi, mais aussi par un contact actuel, car ce sacrifice se rend présent, se perpétuant sacramentellement, dans chaque communauté qui l'offre par les mains du ministre consacré »[47].

Au Golgotha, sur une autre croix, près de Jésus se trouve Dimas, le bon larron. Nous nous retrouvons avec lui face à la même Personne et nous assistons au même événement dramatique. Nous nous accordons aussi, tout au moins nous voulons y parvenir, dans notre foi profonde en cette Personne : lui a cru que Jésus possédait le Royaume de Dieu et, repenti, il désirait être avec le Christ dans ce Royaume. Nous croyons également que c'est Dieu, le Fils de Dieu, qui s'est fait homme pour nous sauver ; mais nous nous distinguons de ce pécheur contrit dans le fait que lui voyait l'humanité du Christ, mais pas la divinité ; nous ne voyons, dans Jésus dans le Saint-Sacrement, ni la divinité ni l'humanité.

Le larron repenti

À la différence de l'autre larron, Dimas reconnaissait ses fautes, il acceptait le châtiment mérité pour ses offenses et il confessait la sainteté de Jésus : « lui n'a rien fait de mal » (Lc 23, 41). Nous aussi nous supplions le Seigneur de nous accueillir dans son Royaume. Afin de le recevoir avec un cœur plus pur, nous confessons nos fautes et nous lui demandons pardon ; lorsque cela est nécessaire aussi, comme l'Église nous l'enseigne, nous avons auparavant recours au sacrement de la réconciliation avec une douleur qui soit féconde :

« S'il ne convient pas que qui que ce soit s'approche d'une fonction sacrée si ce n'est saintement ; […] (le chrétien) doit diligemment veiller à ne s'en approcher pour le recevoir qu'avec grand respect et sainteté, d'autant plus que nous lisons dans l'Apôtre ces mots pleins de crainte : «Qui mange et boit indignement, mange et boit sa condamnation, ne discernant pas le corps du Christ» (1 Co 11, 29). C'est pourquoi il faut rappeler à qui veut communier le commandement : «Que l'homme s'éprouve lui-même» (1 Co 11, 28).

« La coutume de l'Église montre clairement que cette épreuve est nécessaire pour que personne en ayant conscience d'un péché mortel, quelque contrit qu'il s'estime, ne s'approche de la sainte Eucharistie sans une confession sacramentelle préalable »[48].

L'humilité du Christ crucifié a poussé Dimas à ne pas s'enorgueillir et à accepter avec douceur la souffrance, rejetant la tentation de se rebeller. « Humilité de Jésus : à Bethléem, à Nazareth, au Calvaire… — Mais plus d'humiliation et d'anéantissement encore, dans l'Hostie sainte : plus que dans la crèche, qu'à Nazareth, ou sur la Croix »[49]. Imitons le latro pœnitens dans cette disposition d'humilité, avec plus de motif encore, parce que l'exemple de l'anéantissement dans l'Eucharistie, que nous contemplons avec (les yeux de) la foi, est encore plus grand que celui qu'il a vu de ses yeux au Calvaire. Lorsque le «moi» s'élève rempli d'orgueil, réclamant des droits de commodité, de sensualité, de gratitude ou des manifestations de reconnaissance, le remède consiste à regarder le Crucifié, à se rendre au pied du tabernacle, à participer sacramentellement à son sacrifice. C'est à cette conclusion que parvenait notre Père, qui achevait ainsi ce point de Chemin : « Combien donc il me faut aimer la messe ! »[50].

Chaire d'enseignement de toutes les vertus

Saint Thomas d'Aquin écrit que le Christ sur la Croix est un exemple de toutes les vertus : « Passio Christi sufficit ad informandum totaliter vitam nostram »[51], il suffit de tourner les yeux vers le Crucifié, pour apprendre tout ce dont nous avons besoin dans cette vie. Et il insiste : « Nullum enim exemplum virtutis abest a Cruce »[52], aucun exemple de vertus ne manque, ils abondent clairement pour toutes : force, patience, humilité, détachement, charité, obéissance, mépris de honneurs, pauvreté, abandon…

Nous pouvons affirmer la même chose de l'Eucharistie : c'est une excellente chaire d'amour et d'humilité ; dans ce don divin, nous pouvons aussi nous fortifier dans les autres vertus chrétiennes. « Dans la Sainte Eucharistie et dans l'oraison se trouve la chaire où nous apprenons à vivre, en servant joyeusement toutes les âmes ; nous apprenons aussi à gouverner en servant ; à obéir dans la liberté, en désirant obéir ; à chercher l'unité dans le respect de la variété, de la diversité, dans l'identification la plus intime »[53].

C'est une chaire tout particulièrement pour les vertus que l'on doit cultiver chaque jour dans le travail et en famille, dans les situations ordinaires des personnes courantes : savoir attendre, savoir accueillir tout le monde, être toujours disponible… Le silence de Jésus dans le Saint-Sacrement est surtout éloquent pour ceux qui, comme nous, doivent se sanctifier nel bel mezzo della strada, occupés à mille affaires apparemment sans importance. Depuis le silence de ce trône, Jésus nous précise que la vie ordinaire nous offre, par l'humilité avec laquelle elle s'écoule, de constantes possibilités de sanctification et d'apostolat ; il nous rappelle que cette vie quotidienne renferme tout le trésor et la force de Dieu, qui intervient et dialogue à tout moment avec nous, et qui s'intéresse jusqu'à la chute de l'un de nos cheveux (cf. Mt 10, 29).

En contemplant Jésus dans le Saint-Sacrement, nous voyons la nécessité d'agir avec rectitude d'intention, en n'ayant d'autre volonté que celle d'accomplir le vouloir divin : servir les âmes pour qu'elles parviennent au ciel. Nous découvrons alors la transcendance de notre don aux autres, dépensant notre propre vie pour accompagner nos frères les hommes , sans bruit, avec patience, discrètement ; par notre amitié et notre affection manifestées par des œuvres vraisemblablement petites mais concrètes et utiles ; par la disponibilité de notre temps et par notre grand cœur qui saura avoir pour tous, pour chacun, le mot opportun, le conseil et les paroles de réconfort nécessaires, le commentaire doctrinal ou la correction fraternelle.

« Il s'abaisse à tout, il admet tout, il s'expose à tout — aux sacrilèges, aux blasphèmes, à la froideur de l'indifférence de tant de personnes — pourvu qu'il puisse offrir, ne serait-ce qu'à un seul homme, la possibilité de découvrir les battements d'un Cœur qui bat dans sa poitrine blessée »[54].

Se donner au service des autres

Face à la présence réelle de Jésus dans le tabernacle, nous comprenons l'ineffable efficacité de « se cacher et disparaître », qui ne consiste pas à tomber dans le dolce far niente, à s'isoler des autres, à cesser d'avoir une influence dans les milieux dans lesquels nous nous trouvons et sur le développement des événements que ce soit dans notre famille, notre milieu professionnel ou social. Cela se traduit, au contraire, par le fait de rendre toute la gloire à Dieu et de respecter la liberté des autres ; cela se traduit aussi par le fait de les pousser vers le Seigneur sans tapage, mais avec la «coaction» de notre propre don et de notre vertu joyeuse et généreuse.

En regardant le Seigneur dans le Saint-Sacrement, nous nous persuadons de la convenance de «devenir pain» ; que les autres puissent s'alimenter de ce que nous possédons, de notre prière, de notre service, de notre joie, pour avancer sur le chemin de la sainteté. Nous nous convainquons de la nécessité du « sacrifice discret et silencieux »[55], sans spectacle ni gestes grandiloquents. « Jésus est resté dans l'Eucharistie par amour…pour toi.

« — Il y est resté, tout en sachant comment les hommes le recevraient et comment tu le recevrais toi-même.

« — Il y est resté afin que tu le manges, afin que tu lui rendes visite et que tu lui racontes tes problèmes ; afin qu'en le fréquentant dans la prière auprès du tabernacle et dans la communion, tu t'éprennes de lui de plus en plus, et que tu fasses en sorte que d'autres âmes — beaucoup d'âmes ! — suivent le même chemin »[56].

Dans l'Eucharistie, Jésus nous montre avec une éloquence divine que, pour être comme lui, il faut se donner complètement aux autres sans rien marchander, au point de faire de notre chemin un service constant. « Tu parviendras à être saint si tu vis la charité, si tu sais faire les choses qui plaisent aux autres et qui ne représentent pas une offense à Dieu, même si elles te coûtent »[57].

Ambo tamen credens atque confitens, peto quod petivit latro pœnitens Au rythme de la contrition

Revenons à la scène du Calvaire pour entendre la pétition du bon larron, qui émouvait tant saint Josémaria lorsqu'il méditait l'Adoro te devote. « J'ai très souvent répété ce vers de l'hymne eucharistique : peto quod petivit latro pœnitens, et je m'émeus toujours : demander, comme le larron repenti !

« Il a reconnu que lui méritait bien ce châtiment atroce… Et un seul mot lui a suffi pour ravir le cœur du Christ et ainsi «s'ouvrir» les portes du ciel »[58].

Au cours de ses dernières années tout particulièrement, face aux difficultés de l'Église, notre Père s'en remettait de toute son âme à la miséricorde divine, demandant cette compréhension, cet amour de Dieu pour lui-même et pour tous. Il ne mettait pas en avant des mérites, qu'il pensait ne pas avoir ; « c'est le Seigneur qui a tout fait », assurait-il convaincu. Il n'en appelait pas à la justice pour obtenir du Seigneur son aide dans les tribulations et dans l'épreuve ; il cherchait le refuge de sa compassion. Ainsi, de la foi dans le Christ il passait à la contrition : à la conversion constante et joyeuse. Notre Père agissait avec cette logique, bien certain que cor contritum et humiliatum, Deus, non despicies (Ps 50 [51], 19), Dieu ne méprise pas un cœur contrit et humilié.

Maintenant, par son intercession au ciel, nous devons nous adapter à ce rythme de foi et de douleur qui constitue sans équivoque le signe d'une vie intérieure authentique. La fréquentation eucharistique renforcera notre espérance, notre confiance en la miséricorde du Seigneur, de bien des façons ; entre autres, en nous aidant à découvrir nos misères pour que nous les apportions au pied de la Croix et qu'ainsi, par notre lutte contre nos défauts, nous élevions la Croix victorieuse du Seigneur au-dessus de nos vies, au-dessus de nos faiblesses.

Se fier à la miséricorde divine

Dimas a trouvé la miséricorde et la grâce divines en transformant cette activité qui était auparavant sa «profession» : assaillir et voler les personnes. Sur la croix, par la foi et avec une douleur sincère, il a «assailli» le Christ, il lui a «volé» son cœur et il est entré avec lui dans la gloire. Notre Père nous a transmis cette « habitude pleine d'amour, «d'assaillir» les tabernacles »[59] ; il nous a surtout appris à unir notre travail sanctifié à l'offrande que Jésus fait de lui-même dans la messe et à travailler ainsi avec la force qui émane de son sacrifice.

L'expérience du latro pœnitens est aussi la nôtre : nous espérons notre sanctification de la miséricorde du Seigneur. En recevant son pardon et sa grâce, nous reproduisons ces dons dans l'amour fraternel avec lequel nous traitons tous ceux qui nous entourent, car la sainteté, la perfection, est en lien direct avec la miséricorde. Le Seigneur lui-même l'exprime clairement : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48) ; et « Soyez donc miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6, 36).

Cependant, nous devons toujours avoir présent à l'esprit que « la miséricorde n'en reste pas à une froide attitude de compassion : la miséricorde s'identifie avec la surabondance de la charité, qui amène avec elle la surabondance de la justice »[60]. Cela se traduit simplement par le fait de nous donner aux autres et de nous en occuper, comme le bon samaritain : sans négliger nos propres devoirs et, en même temps, en nous décidant à sacrifier notre commodité et à nous passer de nos petits — ou pas si petits — plans et intérêts personnels. « Être miséricordieux c'est garder le cœur sensible, c'est entretenir la blessure humaine et divine d'un amour ferme, sacrifié, généreux »[61].

Ainsi comprise, cette disposition active de l'esprit doit être appliquée de façon analogique au Christ, Dieu et Homme. Il serait absurde de faire référence à notre miséricorde par rapport à Dieu en lui-même, mais il n'en va pas de même en ce qui concerne l'Humanité de Jésus, car le Seigneur lui-même nous a dit qu'il considérait comme adressées à lui les manifestations de miséricorde vis-à-vis de ses frères les hommes, même les plus petits (cf. Mt 25, 40). De plus, nous pouvons, d'une certaine manière, vivre la miséricorde — comme réparation — vis-à-vis de l'Humanité du Seigneur cachée dans le tabernacle, où il se présente à nous comme « le Grand Solitaire » : c'est un acte profond d'amour et de piété que de lui rendre visite dans sa « prison d'amour », où il a voulu rester « volontairement enfermé »[62] parce qu'il a voulu être avec nous, jusqu'au bout.

Que de possibilités se présentent à nous de «le traiter avec égards», de l'accompagner, de lui manifester notre affection ! Saint Josémaria nous encourageait à une telle conduite : « Jésus dans le Saint-Sacrement, toi qui nous attend avec amour dans tant de tabernacles délaissés, je demande que dans ceux de nos centres nous te traitions toujours «avec égards», que tu sois entouré de notre affection, de notre adoration, de notre réparation, de l'encens de nos petites victoires, de la douleur de nos échecs »[63].

Plagas, sicut Thomas, non intueor, Deum tamen meum te confiteor L'attitude initiale de Thomas

Huit jours après la résurrection de Jésus, dans le Cénacle, Thomas regarde le Seigneur qui lui montre ses plaies et lui dit : « Approche ton doigt ici, et regarde mes mains ; approche ta main, et mets-la dans mon côté. Ne sois pas incrédule, mais fidèle » (Jn 20, 27). Dans l'Eucharistie, nous nous trouvons aussi réellement devant son corps glorieux, bien que en même temps en état de victime — Christus passus — par la séparation sacramentelle du corps et du sang. « Le sacrifice eucharistique rend présent non seulement le mystère de la passion et de la mort du Sauveur, mais aussi le mystère de la résurrection, dans lequel le sacrifice trouve son couronnement. C'est en tant que vivant et ressuscité que le Christ peut, dans l'Eucharistie, se faire «pain de la vie» (Jn 6, 35. 48), «pain vivant» (Jn 6, 51) »[64].

Nous pouvons imaginer que l'apôtre Thomas, lorsque Jésus fut arrêté à Gethsémani d'abord, puis face à «l'échec humain» du Christ, a dû se sentir déconcerté, frustré, désespéré. Peut-être s'est-il montré particulièrement émotif dans son effondrement et pour cela lui en coûtait-il davantage, plus qu'aux dix autres, d'accepter la réalité de la résurrection du Seigneur. Il lui a été particulièrement difficile de croire de nouveau en Jésus, d'espérer de nouveau en lui, de se remplir à nouveau d'un solide enthousiasme ; bref, de l'aimer et de se sentir aimé par lui. Et il mit ses conditions.

Dieu s'est révélé de façon progressive, et d'une certaine manière, le cours historique de la Révélation se manifeste en chaque homme à travers son itinéraire de foi. Chaque nouveau pas sur ce chemin suppose un abandon intérieur «nouveau» lui aussi, qui est plus coûteux, qui oblige à une plus grande identification au Christ, le moi mourant chaque fois davantage. Et il est bon que nous soyons prévenus car la réaction de saint Thomas peut aussi se produire dans notre âme : une attitude incrédule, une résistance à croire sans hésitation, à croire davantage : n'en soyons ni étonnés, ni inquiets. Pour dépasser cet obstacle, répétons avec davantage de foi devant le tabernacle, et en d'autres occasions : Dominus meus et Deus meus ! (Jn 20, 28).

Les apôtres croyaient en Jésus comme prophète et envoyé de Dieu ; comme Messie et Sauveur d'Israël ; comme Fils de Dieu. Mais ils s'étaient fait une idée erronée de la façon dont ce salut aurait lieu et des formes que prendrait le royaume de leur Maître. Ils n'avaient pas vraiment compris les annonces répétées du Christ, à trois reprises au moins, quant à sa passion et sa mort. Ensuite, en partie à cause de leur indolence, et en partie à cause de la tragédie de la passion, les événements les ont violemment placés face au plan de Dieu, et tous se sont perdus, excepté saint Jean. Et il leur en a coûté, tout particulièrement pour saint Thomas, d'accepter la réalité glorieuse du Christ ressuscité. Mais les différentes apparitions du Seigneur ont fait disparaître leurs réserves, et Thomas lui-même a dépassé sa faiblesse spirituelle, comme je viens de le mentionner, par un merveilleux acte de foi et d'amour : Dominus meus et Deus meus !

À l'heure de l'épreuve

N'excluons pas, en ce qui nous concerne, une résistance initiale à croire pour différentes raisons : à cause d'une accumulation d'expériences négatives, à cause de l'adversité d'un milieu anti-chrétien, ou à cause d'« une rencontre fortuite avec la Croix »[65], qui se présente à nous plus concrète et plus rude : « Car Dieu nous demande à tous une totale abnégation, or quelquefois le pauvre homme d'argile, dont nous sommes faits, se rebelle ; surtout, si nous avons laissé notre moi s'interposer dans le travail, qui doit être fait pour Dieu »[66].

Avec la grâce de Dieu, nous dépassons toujours ce type de situations, si nous les affrontons comme ce qu'elles sont : des invitations à nous approcher davantage de Dieu, à mieux le connaître, à l'aimer davantage, à le servir avec plus d'efficacité. Et le moyen le plus sûr de dépasser facilement ces difficultés consiste à rencontrer le Christ crucifié et glorieux : Jésus dans le Saint-Sacrement. Le moment est alors tout particulièrement indiqué pour nous rendre auprès du tabernacle et pour parler avec le Seigneur, qui nous montrera ses plaies comme gages de son amour : avec foi en ces blessures que nous ne pouvons contempler physiquement, nous découvrirons avec les apôtres combien est nécessaire ce mystère qui veut que « le Christ souffrît toutes ces choses pour entrer dans sa gloire » (Lc 24, 26) ; nous accueillerons plus clairement la Croix comme un don divin, comprenant ainsi cette exhortation de notre Père : « efforçons-nous de voir la gloire et le bonheur cachés dans la douleur »[67].

Dans les plaies du Christ

J'insiste, mes filles et mes fils, ne nous étonnons pas et ne nous inquiétons pas si nous rencontrons des situations particulièrement dures, dans lesquelles le «clair-obscur» de la foi nous présente plus explicitement sa dimension d'obscurité. Ce sont des occasions où il nous est peut-être plus difficile de reconnaître le Christ, et où nous ne parvenons même pas à distinguer par où passe le chemin que Dieu veut que nous suivions. Ce genre d'épreuves intérieures est parfois dû à la misère humaine, au manque de correspondance ; mais fréquemment il en va autrement : cela fait partie du plan voulu par Dieu pour nous identifier à Jésus-Christ, pour nous sanctifier.

Le moment est venu «d'aller», comme le fit l'apôtre Thomas, dans les plaies du Christ. C'est ainsi que nous l'explique saint Josémaria. « N'oubliez pas qu'être avec Jésus c'est certainement rencontrer sa croix. Lorsque nous nous abandonnons entre les mains de Dieu, il permet souvent que nous goûtions la douleur, la solitude, la contradiction, la calomnie, la diffamation, la moquerie au-dedans de nous-mêmes et de l'extérieur, parce qu'il veut nous rendre conformes à son image et à sa ressemblance, et qu'il tolère aussi que l'on nous traite de fous et que l'on nous prenne pour des sots.

« Le moment est alors venu d'aimer la mortification passive, qui se présente cachée, ou, au contraire, effrontée et insolente, lorsque nous ne l'attendons pas. […].

« En admirant et en aimant vraiment la très sainte Humanité de Jésus, nous découvrirons ses plaies une à une. Et dans ces moments de purification passive — moments pénibles, durs, qui nous arrachent des larmes à la fois douces et amères, que nous nous efforçons de cacher — nous aurons besoin de nous introduire dans chacune de ces très saintes blessures : pour nous purifier, pour nous réjouir dans ce sang rédempteur, pour nous fortifier […].

« Allez-y de la façon qui vous émeut le plus, et déversez dans les plaies du Seigneur tout votre amour humain… et votre amour divin. Voilà ce que signifie désirer l'union, se sentir frère du Christ, du même sang que lui, fils de la même Mère, parce que c'est elle qui nous a conduits jusqu'à Jésus »[68].

Cherchons avec plus de persévérance, non seulement dans les temps d'épreuve, mais à tout moment, la rencontre avec le Christ ressuscité, qui nous attend sur l'autel et dans le tabernacle. Quelle confiance et quelle sécurité nous devons avoir au moment d'aller prier devant Jésus dans le Saint-Sacrement, pour le supplier, avec l'audace des enfants, pour tant de nécessités et d'intentions ! Thomas l'apôtre a imposé cette rencontre comme condition pour croire ; nous avons maintenant, par la grâce de Dieu, la certitude qu'en nous situant devant Jésus, toutes nos difficultés spirituelles se résolvent. Nous ne contemplons ni l'humanité, ni la divinité du Seigneur, mais nous croyons fermement, et nous allons vers lui, qui « nous voit, nous entend et nous attend ; [qui] se tient au milieu de nous dans le tabernacle où, caché sous les espèces sacramentelles, il est réellement présent […] qui demande : que t'arrive-t-il ? Il m'arrive que… Et aussitôt vient la lumière ou, au moins, l'acceptation et la paix »[69]. Ainsi, nous serons fidèles et nous ressentirons l'impulsion et la force de dire à tout le monde, sans respects humains, avec naturel et urgence, que nous avons trouvé le Christ, que nous l'avons touché, qu'il vit ! Nous savourerons, comme saint Josémaria, la vérité et la joie du fait que Jésus est vraiment Iesus Christus heri et hodie, ipse et in sæcula ! (He 13, 8).

Fac me tibi semper magis credere, in te spem habere, te diligere Âmes d'Eucharistie : foi, amour, espérance

La croissance dans la vie spirituelle est en lien direct avec la croissance de la dévotion eucharistique. Avec quelle force notre Père prêchait-il cette idée ! Comme fruit de sa propre expérience spirituelle, il nous poussait chacune, chacun : « Sois donc une âme eucharistique ! — Si le tabernacle est au centre de tes pensées et de tes espérances, mon enfant, comme ils seront nombreux, les fruits de sainteté et d'apostolat que tu récolteras ! »[70]

Le désir de sainteté et le zèle apostolique trouvent dans la contemplation eucharistique leur orientation et leur fondement le plus solide. « Je ne comprends pas comment l'on peut vivre chrétiennement sans ressentir le besoin d'une amitié constante avec Jésus dans la Parole et dans le Pain, dans la prière et dans l'Eucharistie. Et en revanche, je comprends très bien qu'au cours des siècles les générations successives de fidèles aient concrétisé progressivement cette piété eucharistique »[71].

Lorsque Dieu s'approche d'une âme pour l'attirer à lui, celle-ci doit se disposer par davantage d'actes de foi, d'espérance et d'amour ; elle doit intensifier sa vie théologale, la traduisant par davantage de prière, plus de pénitence, une réception plus régulière des sacrements, une fréquentation plus intime de l'Eucharistie. C'est ainsi que s'est toujours comporté notre Père, surtout depuis que le Seigneur a commencé à se manifester dans son âme, avec ces pressentiments de l'amour. Une fois arrivé au Séminaire de saint Charles, il passait des nuits entières à prier, accompagnant le Seigneur dans le tabernacle ; au fur et à mesure où les journées s'écoulaient, il ressentait plus profondément l'urgence d'être davantage avec lui.

Le chemin chrétien est un chemin essentiellement théologal : fruit de la connaissance surnaturelle, de la tension vers le Bien infini qu'est la Trinité, de la communion dans la charité. Et l'adoration eucharistique en est la plus sublime expression, car elle s'adresse à Dieu comme lui l'a décidé en demeurant plus à notre portée. En même temps, et pour cette même raison, nous avons là le meilleur moyen de croître dans ces trois vertus. Notre Père les demandait tous les jours, justement au cours de la sainte messe, tandis qu'il élevait Jésus dans le Saint-Sacrement dans l'Hostie consacrée et dans le calice avec son sang : adauge nobis fidem, spem, caritatem !

La foi, l'espérance et la charité : vertus surnaturelles, que seul Dieu peut infuser dans les âmes et que lui seul peut faire croître. Cela ne signifie pas pour autant que la réception de ces dons divins nous dispense d'une collaboration personnelle ; en effet, Dieu tout puissant n'impose jamais son amour dans ses différents projets : « Dieu ne veut pas d'esclaves. Il veut des fils et il respecte notre liberté »[72]. C'est pourquoi, d'ordinaire, il dispose que l'homme accueille son action ineffable et l'accompagne de son effort : sachons nous émerveiller de voir l'importance qu'il nous attribue.

Délicatesses du Seigneur

Il nous faut saisir que l'enfouissement de Jésus-Christ sous les espèces eucharistiques, tout en répondant aux exigences de l'économie sacramentelle, répond aussi spécifiquement à ce désir de Dieu de ne pas forcer notre liberté humaine. En se cachant, le Seigneur nous invite à le chercher, tandis que lui vient à notre rencontre, « feignant de se trouver là par hasard »[73]. Que de fois il en a été ainsi pour saint Josémaria, qui, sans s'en rendre compte, sans se le proposer expressément, se trouvait en train de «ruminer» des paroles de l'Écriture qui venaient éclairer certains aspects de son travail apostolique, qui lui manifestaient la volonté de Dieu, qui répondaient aux problèmes et aux doutes qu'il avait soumis au Seigneur ! « L'Évangéliste raconte que Jésus, après qu'il a effectué un miracle, se cache lorsqu'on veut le faire roi.

« — Seigneur, toi qui veux nous faire participer au miracle de l'Eucharistie, nous te demandons de ne pas te cacher à nos yeux ; nous te demandons de vivre avec nous ; que nous puissions te voir, te toucher, t'entendre, rester toujours près de toi. Sois le roi de nos vies et de nos travaux »[74].

La vie théologale, la vie de foi, d'espérance et de charité, par sa nature même tend toujours à nous pousser davantage, à augmenter notre correspondance : nous ne pouvons nous contenter de ce que nous faisons déjà. C'est par conséquent un signe de véritable amour de Dieu que de juger que nous l'aimons peu, que nous devons le fréquenter chaque jour davantage. Seul celui qui aime peu, pense qu'il aime déjà beaucoup. Notre Père nous interpelle avec force : « Quoi ?… tu ne peux pas faire plus ? — Ne serait-ce pas plutôt que… tu ne peux pas faire moins ? »[75]. Répondons, en recourant une fois de plus au Christ notre Seigneur, caché dans le tabernacle : « Fac me tibi semper magis credere, in te spem habere, te diligere ! »

Cette tension pour faire «plus» — comme pour tout ce qui touche à la vie chrétienne — trouve dans l'Eucharistie sa racine et son centre. En effet, Jésus dans l'Eucharistie est le sommet du «crescendo» de la donation de Dieu faite à l'humanité et, en nous identifiant à lui, il nous communique cette même tendance au «crescendo» dans notre don personnel, «suaviter et fortiter», il nous conduit en quelque sorte par la main. C'est ainsi que l'exprimait saint Josémaria : « Tu as commencé par lui rendre une visite, chaque jour… aussi je ne m'étonne pas que tu me dises : je commence à aimer à la folie la lampe du tabernacle »[76]. Au pied du tabernacle, supplions Jésus avec une piété fervente, afin qu'il obtienne pour tous de vivre, chaque fois davantage, des « œuvres de la foi », des « sacrifices de la charité », de la « constance de l'espérance » (1 Th 1, 3).

O memoriale mortis Domini, panis vivus, vitam præstans homini Mémorial du Sacrifice de la Croix

L'Eucharistie est le mémorial de la mort du Seigneur et le banquet où le Christ nous donne comme aliment son corps et son sang. « La divine sagesse, enseigne Pie XII, a trouvé un moyen admirable de rendre manifeste le sacrifice de notre Rédempteur par des signes extérieurs, symboles de mort. En effet, par le moyen de la transsubstantiation du pain au corps et du vin au sang du Christ, son corps se trouve réellement présent, de même que son sang, et les espèces eucharistiques, sous lesquelles il se trouve, symbolisent la séparation violente du corps et du sang. Ainsi la représentation commémorative de sa mort réelle sur le Calvaire est renouvelée dans tout sacrifice de l'autel, car la séparation des symboles indique clairement que Jésus-Christ est en état de victime »[77].

Jean Paul II, en exposant cette doctrine, écrit : « La messe rend présent la sacrifice de la Croix, elle ne s'y ajoute pas et elle ne le multiplie pas. Ce qui se répète, c'est la célébration en mémorial, la «manifestation en mémorial» (memorialis demonstratio) du sacrifice, par laquelle le sacrifice rédempteur du Christ, unique et définitif, se rend présent dans le temps. La nature sacrificielle du mystère eucharistique ne peut donc se comprendre comme quelque chose qui subsiste en soi, indépendamment de la Croix, ou en référence seulement indirecte au sacrifice du Calvaire »[78].

La sainte messe n'en reste jamais par conséquent à un simple rappel de l'événement qui nous a sauvés au Golgotha, elle actualise ce moment sacramentellement. Tout sacrement réalise ce qu'il signifie ; ainsi, la messe signifie et rend présent le sacrifice même de Jésus au Calvaire. Elle est le mémorial vivant de la Passion et de la Mort de notre Seigneur. « Quand l'Église célèbre l'Eucharistie, elle fait mémoire de la Pâque du Christ, et celle-ci devient présente : le sacrifice que le Christ a offert une fois pour toutes sur la Croix demeure toujours actuel »[79]. Dans le Sacrifice de la messe, nous unissons tout ce qui est nôtre à l'offrande par laquelle Jésus-Christ, Tête de l'Église, s'est livré à Dieu le Père, en adoration, en action de grâces, en réparation pour les péchés de l'humanité et en supplique pour tous les besoins du monde.

Centre et racine de la vie spirituelle

Notre fondateur, dans ses catéchèses, s'efforçait d'expliquer l'intime relation qui existe entre la Dernière Cène, la Croix et la messe. À une époque où, dans de nombreux endroits, l'essence sacrificielle de l'Eucharistie était obscurcie, il insistait de façon particulière sur la valeur infinie du Saint Sacrifice. Avec des paroles accessibles à tous, il commentait un jour : « Je distingue parfaitement l'institution de la Sainte Eucharistie, qui est un moment où l'amour divin et humain se manifeste, et le Sacrifice sur le bois de la Croix. Lors de la Cène, Jésus était passible, il n'avait pas encore souffert ; au Calvaire il est patient, souffrant avec des gestes de Prêtre Éternel. Jésus est là cloué, après avoir sanctifié le monde par son passage sur terre, et il meurt par amour pour chacun d'entre nous : tout son sang est le prix de notre âme, de chaque âme »[80].

Par cette immolation, le Seigneur nous a obtenu une rédemption éternelle (cf. He 9, 12). Ce sacrifice « est tellement décisif pour le salut du genre humain que Jésus-Christ ne l'a accompli et n'est retourné vers le Père qu'après nous avoir laissé le moyen d'y participer comme si nous y avions été présents. Tout fidèle peut ainsi y prendre part et en goûter les fruits d'une manière inépuisable. Telle est la foi dont les générations chrétiennes ont vécu au long des siècles «[81].

Saint Josémaria a su recevoir cet héritage de foi et le vivre à fond avec toutes ses implications. En suivant le conseil et l'exemple des Pères de l'Église, il a toujours cherché à reproduire, au long de chacune de ses journées, ce qui se réalise dans la messe, et il conseillait la même chose aux autres : « Identifie-toi avec ce Jésus Hostie qui s'offre sur l'autel ! »[82] Il s'est toujours efforcé de mettre en pratique ce qu'il enseignait aux autres ; ainsi, la sainte messe, comme centre et racine de la vie spirituelle du chrétien, constituait-elle le fondement de chacune de ses journées. Il sut méditer et transmettre cela à la lumière de sa profonde contemplation du mystère eucharistique.

La messe « est une action divine, trinitaire, pas humaine. Le prêtre qui célèbre sert le dessein du Seigneur, en lui prêtant sa voix et son corps ; il n'agit pas à titre personnel, mais in persona et in nomine Christi, en la personne et au nom du Christ.

« L'amour de la Trinité pour les hommes fait que, de la présence du Christ dans l'Eucharistie, naissent pour l'Église et pour l'humanité toutes les grâces. C'est le sacrifice qu'avait prophétisé Malachie […]. C'est le sacrifice du Christ offert au Père avec la coopération du Saint Esprit : oblation d'une valeur infinie, qui éternise en nous la Rédemption, ce que ne pouvaient faire les sacrifices de l'Ancienne Loi.

« La sainte messe nous place ainsi devant les mystères essentiels de la foi, car elle est le don de la Trinité à l'Église. On comprend ainsi que la messe soit le centre et la racine de la vie spirituelle du chrétien. Elle est la fin de tous les sacrements. À la messe, s'achemine vers sa plénitude la vie de la grâce que le baptême a déposée en nous et qui grandit fortifiée par la confirmation »[83].

Un effort de correspondance

La célébration de l'Eucharistie, j'insiste, doit devenir le centre et la racine de la vie spirituelle d'un fils de Dieu, car dans ce sacrement culmine le sacrifice de la vie du Fils de Dieu. Non seulement la messe place ce sacrifice sous nos yeux et nous accorde d'imiter le Christ dans notre réponse quotidienne, mais en plus, elle nous obtient la grâce de la Rédemption et la possibilité de nous livrer, comme le Christ, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.

Recevoir un don aussi ineffable requiert un effort de correspondance de notre part, et suppose que nous fassions de notre mieux pour nous unir — pour unir tout ce qui nous appartient — à l'oblation de Jésus faite à Dieu le Père. « Dans le Saint Sacrifice de l'autel, le prêtre prend le Corps de notre Dieu et le Calice de son Sang ; et il les élève au-dessus de toutes les choses de la terre en disant : «Per Ipsum et cum ipso et in ipso» — par mon amour, avec mon amour, dans mon amour !

« Unis-toi à ce geste. Mieux encore : incorpore cette réalité à ta vie »[84].

Je désire insister sur le fait que notre Père ne s'est pas limité à enseigner que la sainte messe est centre et racine de la vie intérieure, il nous a aussi montré comment correspondre personnellement au don de la Trinité dans le Saint Sacrifice, de sorte que la lutte spirituelle de chacun tourne véritablement autour de la messe, qu'elle se nourrisse de ce Sacrifice et qu'elle s'enracine dans cet holocauste.

Entre autres conseils, il commentait qu'il lui était très profitable de diviser sa journée en deux parties : l'une pour préparer la messe et l'autre pour rendre grâces ; il profitait du temps de repos de la nuit pour intensifier son dialogue contemplatif, particulièrement dans sa dimension eucharistique ; et, surtout, il faisait en sorte de savourer et de tirer parti de chaque geste et de chaque parole des différents moments qui composent la célébration eucharistique. Il unissait tout cet effort, toujours avec de nouvelles nuances, à des manifestations de foi, d'espérance et de charité, à des situations et des intentions concrètes. Quelle grande aide que son homélie «L'Eucharistie, mystère de foi et d'amour» ![85]

Tout ce qui nous vient de la racine eucharistique avec la grâce du Christ, sève divine, exige aussi un effort de notre part, je vous l'ai déjà dit. Saint Josémaria nous exhorte à mener ce merveilleux combat quotidien : « Un objectif pour ta lutte : que le Saint Sacrifice de l'autel devienne le centre et la racine de ta vie intérieure ; et toute ta journée rendra un culte à Dieu (prolongation de la messe que tu as entendue, préparation de la suivante) ; et un culte qui se manifestera par des oraisons jaculatoires, par des visites au Saint-Sacrement, par l'offrande de ton travail professionnel et de ta vie de famille »[86].

Communion avec le Christ et unité de l'Église

Dans le Sacrifice de l'autel l'aspect convivial et sacrificiel s'unissent : le Christ à travers le prêtre, s'offre comme Victime à Dieu le Père, et le Père lui-même nous le donne comme aliment. Le Christ dans le Saint-Sacrement est le « Pain des enfants »[87]. La communion au corps et au sang du Seigneur nous remplit d'une grâce spécifique, qui engendre dans l'âme des effets analogues à ceux que l'aliment produit dans le corps, « sustenter, accroître, réparer et délecter »[88]. Mais à la différence de l'aliment corporel, où le corps assimile ce qu'il mange, c'est le contraire qui se produit ici : c'est nous qui sommes assimilés par le Christ à son Corps, nous nous transformons en lui. « La participation au corps et au sang du Christ, en effet, ne fait rien d'autre que nous faire passer dans ce que nous prenons »[89].

L'Eucharistie se présente dans l'Église comme le sacrement de l'unité, car en goûtant tous au même Pain, nous devenons un seul Corps. La sainte messe et la communion édifient l'Église, construisent son unité et sa fermeté, elles lui donnent sa cohésion. « Ceux qui reçoivent le Corps du Christ sont unis plus étroitement au Christ. Par là même, le Christ les unit à tous les fidèles en un seul corps : l'Église. La communion renouvelle, fortifie, approfondit cette incorporation à l'Église déjà réalisée par le baptême. Dans le baptême nous avons été appelés à ne faire qu'un seul corps (cf. 1 Co 12, 13) ; l'Eucharistie réalise cet appel »[90].

Mes filles et mes fils, comme il est important que nous nous unissions à la Tête visible, en célébrant ou en participant à ce Saint Sacrifice ! Tous bien unis à la tête de l'Église universelle, le pape ; vous à ceux qui sont à la tête de chaque église particulière, les évêques, et tout particulièrement au Père que le Seigneur a voulu placer comme tête visible et principe d'unité dans cette « petite partie de l'Église » qu'est l'Œuvre.

Præsta meæ menti de te vivere, et te illi dulce sapere Vivre du Christ

« La chair du Seigneur est vivifiante et […] elle est la propre chair du Verbe »[91]. Saint Luc écrit : « et toute cette foule cherchait à le toucher, parce qu'il émanait de lui une force qui les guérissait tous » (Lc 6, 19). De même, le Pain eucharistique n'est pas seulement pain vivant, mais vivifiant, qui donne la vie divine dans le Christ. En le recevant, chacun peut dire avec saint Paul : « Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20).

Præsta meæ menti de te vivere… Cette strophe nous invite à ce que tout en nous s'alimente du fait de vivre toujours du Christ, à assumer une conduite pleinement fidèle à son amour, à goûter sans cesse ses douceurs : que notre joie et notre «goût» soient dans le Christ, que nous allions à lui « comme le fer attiré par la force de l'aimant »[92].

Ce désir sincère, cette supplique, aide fortement à désirer et à soigner l'unité de vie ; en d'autres termes : à n'avoir qu'un seul Seigneur dans l'âme (cf. Mt 6, 24) ; à ne chercher qu'une seule chose (Cf. Lc 10, 42), et à se soumettre totalement à un seul amour : lui ; à ne rien désirer sinon ce que Dieu veut, et à tout accueillir parce que Dieu le veut, de la manière et dans la mesure où il le désire ; être tellement identifié au Christ, que l'accomplissement de sa volonté soit chez l'homme comme une caractéristique essentielle de sa personnalité. Cela signifie que l'on possède «les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus» (Ph 2, 5) ; et, pour y parvenir, demandons-le-lui, comme saint Josémaria : « Que je voie avec tes yeux, Ô Christ, Jésus de mon âme »[93].

En tant que chrétiens nous ne devons pas oublier qu'avec le Seigneur, omnia sancta, tout est saint ; sans lui, mundana omnia, tout est mondain. Ne nous laissons pas tromper par le manque d'amour, qui se cache derrière une apparence de naturel, au point ne pas assumer avec décision — par amour — les conséquences de la fidélité due au Christ. Notre relation avec Dieu ne peut se construire que sur le modèle qu'est le Christ ; et nous devons voir clairement que la relation de Jésus avec son Père brille par sa totale unité : «moi et le Père, nous sommes un» (Jn 10, 30).

Unité de vie

La sainte messe, par elle-même et plus encore s'il y a lutte pour qu'elle soit le centre de notre vie intérieure, possède un pouvoir véritablement unitif de l'existence humaine. Jésus dans le Saint-Sacrement, dans la rénovation non sanglante du Sacrifice du Calvaire, assume entièrement les tâches et les intentions des personnes qui s'unissent à son oblation ; il les récapitule dans l'adoration que lui-même rend au Père, dans la reconnaissance qu'il lui manifeste, dans l'expiation qu'il lui offre, et dans la supplique qu'il lui adresse.

De la même manière que le Christ, lors de son passage sur la terre, a récapitulé l'histoire humaine depuis Adam, et que, dans son sacrifice, il a récapitulé sa propre vie ; de même, dans le Sacrifice de la messe tout ce que Dieu donne à l'humanité s'unifie et tout ce que l'humanité peut élever vers le Père dans le Christ se synthétise, sous l'impulsion du Paraclet. En un mot, «la Sainte Eucharistie […] résume et réalise la miséricorde de Dieu envers les hommes»[94].

Le Saint Sacrifice est un résumé de ce que doit être notre conduite : adoration amoureuse, action de grâces, expiation, pétition ; c'est-à-dire, don à Dieu, et par lui, aux autres. À la messe doit être déposé tout ce qui nous pèse et nous angoisse, tout ce qui nous comble de joie et nous enthousiasme, chaque détail de notre activité quotidienne ; nous devons nous y rendre avec nos préoccupations et celles des autres, celles du monde entier.

Lors des dernières fêtes de Noël, je commentais à quelques-uns de vos frères de ne pas aller à Bethléem uniquement avec leurs intentions et leurs besoins, mais de présenter à l'Enfant les souffrances et les besoins urgents de toutes les personnes de l'Œuvre, de l'Église, du monde entier. Et je vous conseille maintenant la même chose à toutes et à tous : allez à la messe, et présentez au Seigneur les besoins matériels et spirituels de tous, de la même façon que le Christ est monté sur le bois de la Croix chargé des péchés des hommes de tous les temps. Essayons de monter avec lui et comme lui sur la Croix, d'où il intercédait auprès de son Père — et maintenant il intercède depuis les autels et depuis les tabernacles de cette terre — pour obtenir pour tout homme les grâces dont chacun a besoin, sans en exclure aucune, avec une surabondance divine.

Vous vous souvenez qu'en 1966, saint Josémaria a vécu une expérience très forte qu'il relate ainsi : « Après tant d'années, ce prêtre fit une découverte merveilleuse, il comprit que la sainte messe est un véritable travail, operatio Dei, travail de Dieu. Et en la célébrant, ce jour-là, il éprouva, douleur, joie et fatigue. Il sentit dans sa chair l'épuisement d'une tâche divine.

« Au Christ également la première messe, la Croix, coûta bien des efforts »[95].

Il comprit à travers cet épisode que Dieu avait voulu récompenser son effort de plusieurs années pour centrer toute son existence sur le Saint Sacrifice ; il lui confirmait en même temps la validité surnaturelle de ce chemin pour atteindre l'unité de vie si caractéristique de l'esprit de l'Œuvre. Battons-nous, jour après jour, pour que, quoi que nous fassions, notre esprit se tourne vers Jésus-Christ, pour adhérer à ses desseins et aussi pour nous pénétrer de son doux savoir.

Pie pellicane, Iesu Domine, me immundum munda tuo sanguine Se purifier chaque jour davantage

L'ancienne croyance selon laquelle le pélican alimente ses petits de son propre sang, le faisant couler de sa poitrine blessée avec son bec, a traditionnellement été retenue comme symbole eucharistique, visant à décrire les aspects sacrificiel et convivial de l'Eucharistie qui sont inséparables. Effectivement, dans la sainte messe « l'œuvre de notre Rédemption s'opère »[96], le corps du Christ nous est donné comme nourriture, son sang comme boisson.

Il est évident que, dans ce sacrement, le sang du Christ rachète mais aussi alimente et fait les délices de celui qui le reçoit. C'est un sang qui lave tous les péchés (cf. Mt 26, 28) et qui purifie l'âme (cf. Ap 7, 14). Un sang qui engendre des femmes et des hommes au corps chaste et au cœur pur (cf. Za 9, 17). Un sang qui étourdit, qui enivre de l'Esprit Saint et qui délie les langues pour chanter et rapporter les magnalia Dei (Ac 2, 11), les merveilles de Dieu.

L'Eucharistie, parce qu'il s'agit du sacrifice même du Calvaire, possède la vertu de laver tout péché et d'obtenir toute grâce : de la messe, comme du Calvaire, naissent les autres sacrements, qui nous orientent ensuite vers l'Holocauste de Jésus-Christ comme vers leur fin. Cependant, répétez-le dans l'apostolat, le sacrement ordinaire disposé par Dieu pour la rémission des péchés mortels, n'est pas la messe, mais la pénitence ; le sacrement de la réconciliation avec Dieu et avec l'Église, au moyen de l'absolution qui suit la confession pleinement sincère et contrite, devant le prêtre, de tous les péchés mortels non encore pardonnés directement dans ce sacrement[97].

Communier dignement

Plus encore, l'Eucharistie, précisément parce qu'il s'agit d'une manifestation et d'une communication d'amour, exige, chez ceux qui veulent recevoir le corps et le sang du Seigneur, une claire disposition d'union à Jésus par la grâce. « As-tu déjà envisagé comment tu te préparerais à recevoir notre Seigneur, si l'on ne pouvait communier qu'une seule fois dans sa vie ?

« Quel bonheur pour nous que de nous approcher aussi facilement de Dieu ! Nous devons l'en remercier… Remercions-le par le grand soin que nous mettons à le recevoir »[98].

La qualité et la délicatesse de cette préparation dépendent, comme je vous le rappelais auparavant, de la finesse et de la profondeur intérieure de la personne, particulièrement de sa foi et de son amour envers Jésus dans le Saint-Sacrement. « Le Seigneur dans l'Eucharistie est comme les grands de la terre que nous devons recevoir. Et mieux encore : avec des parures, des lumières, des habits tout neufs…

« —Et si tu me demandes de quelle propreté, de quelles parures et de quelles lumières tu dois t'orner, je te répondrai : la propreté dans tes sens, un à un ; la parure dans tes puissances, une à une ; et la lumière dans toute ton âme »[99].

Naturellement, il ne faut pas attendre d'être parfait, nous serions toujours en train d'attendre, pour recevoir sacramentellement le Seigneur ; il ne faut pas non plus cesser d'assister à la messe parce que le sentiment n'y est pas ou parce que parfois les distractions sont là. « Communie. — Ce n'est pas manquer de respect. — Communie précisément aujourd'hui que tu viens de te débarrasser de cette chaîne.

« — Oublies-tu que Jésus a dit : ce n'est pas au bien portant que le médecin est nécessaire, mais au malade ? »[100]

Il faut moins encore cesser de recevoir la Sainte Communion sous prétexte que la réception fréquente de ce sacrement semble ne pas produire en nous l'effet que l'on pourrait attendre de la générosité divine. « Avoir communié tous les jours pendant tant d'années ! — Un autre serait saint, m'as-tu dit, et moi j'en suis toujours au même point !

« — Mon fils, t'ai-je répondu, continue à communier quotidiennement et pense : où en serais-je, si je n'avais pas communié ? »[101]

Le chrétien doit plutôt raisonner en se disant que cette fréquence, déjà ancienne dans l'Église, est une marque d'amour véritable, que nos propres misères ne peuvent étouffer. « Âme d'apôtre : cette intimité de Jésus avec toi, — tant d'années si près de lui ! — cela ne te dit rien ? »[102]

Lorsque ces arguments fallacieux, ou d'autres similaires, se présentent à notre esprit, le moment est plus que jamais venu d'adopter, avec reconnaissance et avec confiance en Jésus, l'attitude du centurion, dont nous répétons les paroles au cours de la sainte messe : Domine, non sum dignus ! Nous ne pouvons oublier que, face à la majesté et à la perfection du Christ, Dieu et Homme, nous sommes des mendiants qui ne possèdent rien, nous sommes tachés de la lèpre de l'orgueil, nous ne savons pas toujours voir la main de Dieu derrière ce qui nous arrive ou, en d'autres occasions, nous sommes paralysés face à sa Volonté. Mais tout ceci ne justifie pas un retrait de notre part ; cela doit nous conduire, au contraire, à répéter très souvent, en suivant l'exemple de notre Père : « je voudrais, Seigneur, te recevoir avec la pureté, l'humilité et la dévotion… »

Cuius una stilla salvum facere totum mundum quit ab omni scelere Faire connaître l'efficacité de l'Eucharistie

Ces paroles nous rappellent à nouveau cette caractéristique si propre à l'Eucharistie : la «surabondance», «l'excès» d'amour divin qui nous est concédé et qui continue à nous être offert constamment. La strophe de l'hymne eucharistique se réfère à la dimension expiatoire de ce sacrement : une goutte de sang du Dieu fait homme suffisait à effacer tous les péchés de l'humanité. Mais il a voulu verser tout son sang. « Mais un des soldats lui transperça le côté avec sa lance. Aussitôt il en sortit du sang et de l'eau. » (Jn 19, 34). Chez les anciens, et d'une certaine manière il en est de même aujourd'hui, le sang est un signe de vie. Le Christ a décidé de ne rien épargner de son sang, aussi comme manifestation de sa volonté précise de nous donner toute sa Vie.

Contempler le don total de Jésus pour nous, considérer une fois de plus qu'« il n'est pas possible de séparer chez le Christ son être de Dieu fait homme et sa fonction de Rédempteur »[103], nous fait prendre conscience du fait que nous ne pouvons nous contenter de nous conduire personnellement comme des âmes d'Eucharistie : nous devons aussi pousser les autres à prendre cette détermination.

Il ne suffit pas que chacun, chacune, parmi nous cherche puis fréquente le Seigneur dans l'Eucharistie ; nous devons parvenir à en «contaminer» le plus possible dans notre travail apostolique, afin que eux aussi regardent le Christ et fréquentent cet ami incomparable. « Aimez à la folie Jésus dans le Saint-Sacrement, et faites en sorte que beaucoup d'âmes l'aiment : ce n'est que dans la mesure où vous aurez cette préoccupation de l'aimer, que vous saurez la transmettre aux autres, car vous donnerez de ce dont vous vivez, ce que vous avez, ce que vous êtes »[104].

Face à la triste ignorance, qui existe y compris parmi de nombreux catholiques, considérons, mes filles et mes fils, l'importance d'expliquer aux personnes qui nous entourent ce qu'est la sainte messe et ce qu'elle vaut, avec quelles dispositions l'on peut et l'on doit recevoir le Seigneur dans la communion, quelle urgence nous pousse à aller lui rendre visite dans les tabernacles, comment se manifestent la valeur et le sens de la « politesse de la piété »[105].

Ainsi, s'ouvre devant nous un champ inépuisable et très fécond d'apostolat personnel, qui apportera comme fruit, avec la bénédiction du Seigneur, un grand nombre de vocations. C'est ainsi que notre très cher Père nous l'a répété depuis les débuts, il nous l'a aussi montré à travers son comportement quotidien. « Pour accomplir cette volonté de notre Christ-Roi » (notre Père se réfère par ces paroles à l'extension de l'Œuvre sur toute la terre), « il est nécessaire que vous ayez une grande vie intérieure : que vous soyez des âmes d'Eucharistie, des lunules soutenant l'Hostie ! Des âmes de prière. Ce n'est qu'ainsi que vous vibrerez de la vibration que l'esprit de l'Œuvre exige »[106].

Aimer la mortification et la pénitence

Pour nous convertir réellement en âmes d'Eucharistie et en âmes de prière, nous ne pouvons faire abstraction de l'union habituelle à la Croix, aussi à travers la mortification cherchée ou acceptée. Don Alvaro nous a rapporté par écrit ce que notre Père demandait un jour à un groupe de ses fils : « Que ferons-nous pour être apôtres tel que le Seigneur le veut dans l'Opus Dei ? » Et il répondait immédiatement avec énergie et avec une ferme conviction : « porter le Christ crucifié en nous ! […]. Le Seigneur entend les suppliques des âmes mortifiées et pénitentes »[107]. Don Alvaro tirait tout de suite la conclusion, qu'il retenait pour lui-même et pour tous : « Considérez que, pour être fidèles au grand engagement de la corédemption, nous devons nous identifier personnellement à notre Seigneur Jésus-Christ, par la crucifixion de nos passions et de nos concupiscences dans l'âme et dans le corps (cf. Ga 5, 24). C'est là le «paradoxe» divin qui doit se renouveler en chacun d'entre nous : «Pour Vivre, il faut mourir» (Chemin, n° 187) »[108].

C'est précisément dans le sacrement du Sacrifice du Fils de Dieu que nous obtenons la grâce et la force de nous identifier au Christ sur la Croix. N'en doutons pas : l'origine et la racine de notre vie de mortification se trouvent dans notre dévotion eucharistique. Nous ne serons en mesure d'affirmer que nous sommes de vraies âmes eucharistiques que si nous vivons véritablement, cum gaudio et pace, cloués avec le Christ sur la Croix ; si nous savons « nous soumettre et nous humilier par amour », si « nos pensées, nos affections, nos sens et nos puissances, nos paroles et nos œuvres, tout, est «bien attaché», par l'amour de la Sainte Vierge, à la Croix de son Fils »[109]. Une âme eucharistique est nécessairement, toujours et en même temps, une âme sacerdotale ; et concrètement, si cette âme se consume en désir de réparer et de se sacrifier. C'est alors une âme « essentiellement — totalement ! — eucharistique. »[110]

Lorsque la messe est véritablement pour nous « notre messe, Jésus », parce que Jésus la célèbre avec chacun d'entre nous, parce que chacun de nous fait de lui-même une oblation à Dieu le Père unie à celle du Christ, alors cette messe se prolonge durant les vingt-quatre heures de la journée. « Aimez beaucoup le Seigneur. Ayez un grand désir de réparation, d'une plus grande contrition. Il est nécessaire de réparer, d'abord pour nous-mêmes, comme le fait le prêtre avant de monter à l'autel. Et nous, qui avons une âme sacerdotale, nous convertissons notre journée en une messe, très unis au Christ prêtre, pour présenter au Père une oblation sainte, qui répare pour nos fautes personnelles et pour celles de tous les hommes […]. Traitez-le Seigneur avec égards dans la messe et tout au long de la journée »[111].

Iesu, quem velatum nunc aspicio, / oro, fiat illud quod tam sitio, / ut te revelata cernens facie, / visu sim beatus tuæ gloriæ Désirs de voir le visage du Christ

L'Adoro te devote s'achève avec cette strophe, que l'on pourrait résumer ainsi : Seigneur, je veux te voir ! Cette conclusion est bien logique, car l'Eucharistie, « gage de la gloire future »[112], constitue pour nous une anticipation de la vie définitive. « L'Eucharistie est vraiment un coin du ciel qui s'ouvre sur la terre ! C'est un rayon de la gloire de la Jérusalem céleste, qui traverse les nuages de notre histoire et qui illumine notre chemin. »[113]

Ce trésor situé au cœur de l'Église anticipe sur l'éternité, car il fait de nous les commensaux des «Noces de l'Agneau», où les bienheureux se rassasient de la vision de Dieu et de son Christ (cf. Ap 19, 6-10). Nous obtenons déjà, par la grâce de Dieu, accès à la même réalité, mais non pas de manière totale : seulement de façon imparfaite (cf. 1 Co 13, 10-12). La vie nouvelle qui nous a été conférée par le baptême, et qui est appelée à sa perfection dans la gloire, augmente et se consolide par le don de ce Sacrement.

Le fait de recevoir Jésus dans la sainte communion nous obtient la sérénité face à la mort et face à l'incertitude du jugement, car lui nous a assuré : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang possède la vie éternelle et moi, je le ressusciterai au dernier jour » (Jn 6, 54). « Celui qui se nourrit du Christ dans l'Eucharistie n'a pas besoin d'attendre l'au-delà pour recevoir la vie éternelle : il la possède déjà sur terre, comme prémices de la plénitude à venir, qui concernera l'homme dans sa totalité. Dans l'Eucharistie en effet, nous recevons également la garantie de la résurrection des corps à la fin des temps »[114]. La foi et l'espérance eucharistiques éloignent de nous beaucoup de craintes.

La sainte Eucharistie est « l'acte le plus sacré et le plus transcendant que nous, les hommes, puissions par l'effet de la grâce de Dieu accomplir en cette vie : communier au corps et au sang du Seigneur équivaut, d'une certaine manière, à nous délier de nos attaches avec la terre et avec le temps pour nous trouver déjà en présence de Dieu dans le ciel, où le Christ lui-même séchera les larmes de nos yeux et où il n'y aura plus ni mort ni sanglots, ni gémissements de fatigue, parce que le vieux monde aura pris fin (cf. Ap 21, 4) »[115].

Ce Sacrement est en quelque sorte placé au seuil de l'autre vie, non seulement lorsqu'il est administré aux moribonds sous forme de viatique, mais de façon plus large parce qu'il contient le Christus passus, déjà glorieux, de sorte que, dans l'ordre sacramentel, il partage notre condition en cette vie, tandis que substantiellement, il appartient déjà à l'autre. C'est aussi la raison pour laquelle la piété eucharistique nous rend chaque fois plus Opus Dei : elle nous pousse à nous conduire comme des contemplatifs au milieu du monde, car nous cheminons en aimant sur la terre et dans le ciel : « non pas «entre» le ciel et la terre, car nous sommes du monde. Dans le monde et au paradis en même temps ! Voilà quelle pourrait être la définition de ce que doit être notre vie, tant que nous sommes in hoc sæculo »[116].

Gage de la vie éternelle

Le plan salvifique de Dieu commence avec cette étape terrestre, qui est «l'avant-dernière», et s'achève avec celle qui doit venir, qui est éternelle[117]. Ainsi la foi constitue en quelque sorte les prémices de cette connaissance de Dieu face à face, un commencement de la vision glorieuse et béatifique. Dans l'Eucharistie, l'attirance vers la gloire vient surtout de l'amour qui naît de la fréquentation. L'âme eucharistique désire adorer ouvertement celui qu'elle adore caché dans le Pain, car la fréquentation renouvelée d'un amour caché engendre un désir irrépréhensible de le posséder ouvertement. « Fréquente assidûment la très sainte Humanité de Jésus… Et il fera naître en ton âme une faim insatiable, un désir «incroyable» de contempler sa face »[118].

Les saints ont toujours éprouvé cette même impatience que saint Josémaria gardait en son cœur. « Ceux qui s'aiment font en sorte de se voir. Les amoureux n'ont d'yeux que pour l'objet de leur amour. N'est-il pas logique qu'il en soit ainsi ? Le cœur humain ressent ces impératifs. Je mentirais si je niais que le désir de contempler la face de Jésus-Christ me dévore. Vultum tuum, Domine, requiram (Ps 26, 8), je chercherai, Seigneur, ton visage. J'aime à fermer les yeux, et penser que viendra le moment, lorsque Dieu voudra, où je pourrai le voir, non pas «comme dans un miroir, et de façon énigmatique mais… face à face» (1 Co 13, 12). Oui, mes enfants, «mon cœur a soif de Dieu, du Dieu vivant : quand irai-je et verrai-je la face de Dieu» (Ps 41, 3) »[119].

La dévotion eucharistique nous communiquera ce désir et le fera croître en nous, au point que le fait d'être avec le Christ devienne la seule chose qui vaille la peine, sans pour autant que cela nous éloigne du monde ; au contraire, nous l'aimerons plus passionnément, avec notre cœur étroitement uni au cœur de Jésus-Christ. L'intimité, la fréquentation du Seigneur dans l'Eucharistie, imprimera en nous avec force la conviction que le bonheur ne se trouve pas dans tels ou tels biens de la terre, qui finiront par vieillir et par disparaître, mais dans le fait de demeurer pour toujours avec lui, car le bonheur c'est lui, et nous le possédons déjà maintenant comme « trésor infini, perle très précieuse »[120] dans ce Sacrement. « Quand il donnait la sainte communion, ce prêtre avait envie de crier : ce que je t'apporte, c'est le bonheur ! »[121].

La très Sainte Vierge, femme eucharistique

Avec cette invocation — » femme eucharistique » —, Jean Paul II a proposé à l'Église l'exemple de Marie comme «école» et «guide» pour apprendre à nous émerveiller, ce qui veut dire accueillir, adorer, rendre grâces…, face au mystère de l'Eucharistie[122]. Nous comprenons très bien cela, à la lumière de la foi, comme notre Père qui nous faisait considérer que, dans la sainte messe, « la très Sainte Vierge intervient, en quelque sorte, en raison de son union intime avec la Très Sainte Trinité ; et parce qu'elle est mère du Christ, de sa chair, et de son sang : mère de Jésus-Christ, Dieu parfait et Homme parfait. Jésus-Christ conçu dans le sein de Sainte Marie sans l'intervention d'un homme, par la seule vertu du Saint Esprit, possède le sang même de sa mère et c'est ce sang qui est offert en sacrifice rédempteur au Calvaire et à la sainte messe. »[123]

Marie, au pied de la Croix, a uni son propre sacrifice intérieur, « voyez s'il est douleur pareille à ma douleur » (Lm 1, 12), à celui de son Fils, coopérant ainsi à la Rédemption au Calvaire. Elle-même, « présente, avec l'Église et comme Mère de l'Église, en chacune de nos célébrations eucharistiques »[124], — Médiatrice de toutes les grâces ! — coopère avec son Fils à la diffusion dans le monde de la force sanctificatrice infinie du Saint Sacrifice que seul Jésus accomplit.

Mes filles et mes fils, si d'une certaine manière nous nous sommes comparés à Dimas, le bon larron, et à l'apôtre Thomas, comment ne pas regarder Marie afin de connaître et d'aimer davantage Jésus dans le Saint-Sacrement, pour apprendre de lui et l'imiter, pour « le traiter avec égards » ? Dans ce travail très personnel, qui sans cesse nous renouvellera intérieurement, et nous remplira de désirs de sainteté et d'apostolat, aidons-nous de la contemplation des mystères du rosaire, depuis l'Annonciation, lorsque nous voyons comment la Sainte Vierge accueille sans conditions en son sein très pur le Verbe incarné, jusqu'à sa glorification, lorsque Dieu la reçoit en corps et en âme dans la gloire, et la couronne comme Reine, notre Mère et notre Dame.

« C'est toujours par Marie que l'on va et que l'on «revient» à Jésus. »[125] Demandons à notre Dame de nous tenir toujours par la main, et tout particulièrement en cette Année de l'Eucharistie pour que nous disions constamment au Seigneur dans le Saint-Sacrement, en paroles et en œuvres : « je t'adore, je t'aime ! » Adoro te devote ! Et lorsque nous agissons ainsi, écoutons notre très cher Père nous dire avec insistance : « invoquez Marie et Joseph, car d'une certaine manière ils sont présents dans le tabernacle, comme ils l'ont été à Bethléem et à Nazareth […]. Ne l'oubliez pas ! »[126]

Avec toute mon affection, je vous bénis

votre Père

+ Javier

Rome, 6 octobre 2004, deuxième anniversaire de la canonisation de saint Josémaria.

[1].CONCILE VATICAN II, Decr. Prebyterorum ordinis, n° 5.

[2].SAINT JOSÉMARIA Quand le Christ passe, n° 87. Cf. CONCILE VATICAN II, Const. dogm. Lumen gentium, n° 11 ; Decr. Presbyterorum ordinis, n° 14.

[3].CONCILE DE TRENTE, ses. XIII, Décret sur le Sacrement de l'Eucharistie, can. 1 (Dz. 1651).

[4].Cf. Ibid., can. 2 (Dz. 1652).

[5].SAINT JOSÉMARIA, Chemin, n° 538.

[6].SAINT JOSÉMARIA, Notes prises au cours d'une méditation, 14 avril 1960.

[7].SAINT JOSÉMARIA, Quand le Christ passe, n° 83.

[8].Cf. SAINT JOSÉMARIA, Quand le Christ passe, n° 84.

[9].SAINT JEAN CHRYSOSTOME, Homélies sur l'évangile de saint Matthieu, 82, 4 (PG 58, 743).

[10].Cf. Chemin, n°s 269, 537, 554 ; Forge, n°s 831, 991 ; Quand le Christ passe, n° 151.

[11].SAINT JOSÉMARIA, Chemin, n° 267.

[12]. SAINT JOSÉMARIA, Quand le Christ passe, n° 84.

[13].Ibid.

[14]. SAINT JOSÉMARIA, Homélie Prêtre pour l'éternité, 13 avril 1973.

[15]. SAINT JOSÉMARIA, Quand le Christ passe, n° 64.

[16]. SAINT JOSÉMARIA, Notes prises au cours d'une réunion, octobre 1972.

[17]. SAINT JOSÉMARIA, Quand le Christ passe, n° 90.

[18].Cf. SAINT THOMAS D'AQUIN, Somme Théologique, II-II, q. 84, a. 2 ; SAINT JEAN DAMASCÈNE, Sur la foi orthodoxe, 4, 12 (PG 94, 1133).

[19].SAINT JOSÉMARIA, Notes prises au cours d'une réunion, 4 avril 1970.

[20].SAINT JOSÉMARIA, Chemin, n°s 539, 538. Cf. Sillon, n°s 685, 686 ; Forge, n° 887.

[21].SAINT JOSÉMARIA, Quand le Christ passe, n° 161.

[22].SAINT JOSÉMARIA, Notes prises au cours d'une méditation, 14 avril 1960.

[23]. « Lauda, Sion, Salvatorem, / lauda ducem et pastorem / in hymnis et canticis. / Quantum potes, tantum aude : / quia maior omni laude, / nec laudare sufficis » (MISSEL ROMAIN, Solennité de la Fête-Dieu, Séquence Lauda Sion).

[24].SAINT JOSÉMARIA, Forge, n° 838. Cf. n°s 832, 837.

[25].SAINT JOSÉMARIA, Forge, n° 824.

[26].SAINT JOSÉMARIA, Sillon, n° 818.

[27].SAINT JOSÉMARIA, Chemin, n° 533.

[28].SAINT JOSÉMARIA, Quand le Christ passe, n° 151.

[29].SAINT JOSÉMARIA, Quand le Christ passe, n° 156.

[30].SAINT JOSÉMARIA, Homélie Prêtre pour l'éternité, 13 avril 1973.

[31].MISSEL ROMAIN, Solennité de la Fête-Dieu, Séquence Lauda Sion.

[32].SAINT JOSÉMARIA, Lettre 28 mars 1973, n° 7.

[33].SAINT JOSÉMARIA, Quand le Christ passe, n° 153.

[34].CONCILE DE TRENTE, ses. XIII : Décret sur le Sacrement de l'Eucharistie, ch. 4 (Dz 1642).

[35].PAUL VI, Credo du Peuple de Dieu, 30 juin 1968. Cf. JEAN PAUL II, Litt enc. Ecclesia de Eucharistia, 17 avril 2003, n° 15.

[36].Cf., par ex., PIE XII, Litt. enc. Mediator Dei, 20 novembre 1947 ; PAUL VI, Litt. enc. Mysterium Fidei, 3 septembre 1965 ; JEAN PAUL II, Litt. enc. Ecclesia de Eucharistia, 17 avril 2003 ; Catéchisme de l'Église Catholique, n°s 1322-1419.

[37].Cf. CONCILE VATICAN II, Const. dogm. Dei Verbum, n° 10.

[38].SAINT JOSÉMARIA, Quand le Christ passe, n° 84.

[39].SAINT JOSÉMARIA, Quand le Christ passe, n° 109.

[40].SAINT JOSÉMARIA, Quand le Christ passe, n° 6.

[41].SAINT JOSÉMARIA, Lettre 28 mars 1973, n° 10.

[42].SAINT JOSÉMARIA, Quand le Christ passe, n° 80.

[43].SAINT JOSÉMARIA, Quand le Christ passe, n° 6.

[44].Cf. SAINT JOSÉMARIA, Sillon, n° 817.

[45].SAINT JOSÉMARIA, Quand le Christ passe, n° 155.

[46].CONCILE DE TRENTE, ses. XXII, Doctrine et canons sur le sacrifice de la messe, ch 2 (Dz 1743).

[47].JEAN PAUL II, Litt enc. Ecclesia de Eucharistia, 17 avril 2003, n° 12.

[48]. CONCILE DE TRENTE, ses. XIII : Décret sur le Sacrement de l'Eucharistie, ch. 7 (Dz 1646-1647).

[49].SAINT JOSÉMARIA, Chemin, n° 533.

[50].Ibid.

[51].SAINT THOMAS D'AQUIN, Collatio 4 sur le Credo.

[52].Ibid.

[53].SAINT JOSÉMARIA, Lettre 24 mars 1931, n° 61.

[54].SAINT JOSÉMARIA, Homélie Prêtre pour l'éternité, 13 avril 1973.

[55].SAINT JOSÉMARIA, Chemin, n° 509.

[56].SAINT JOSÉMARIA, Forge, n° 887.

[57].SAINT JOSÉMARIA, Forge, n° 556.

[58].SAINT JOSÉMARIA, Chemin de Croix, XIIème station, n° 4.

[59].SAINT JOSÉMARIA, Chemin, n° 876.

[60].SAINT JOSÉMARIA, Amis de Dieu, n° 232.

[61].Ibid.

[62].SAINT JOSÉMARIA, Forge, n° 827.

[63].SAINT JOSÉMARIA, Lettre 28 mars 1973, n° 7.

[64].JEAN PAUL II, Litt enc. Ecclesia de Eucharistia, 17 avril 2003, n° 14.

[65].SAINT JOSÉMARIA, Chemin de Croix, Vème station.

[66].SAINT JOSÉMARIA, Notes prises au cours d'une réunion, 25 juin 1972.

[67].SAINT JOSÉMARIA, Notes prises au cours d'une méditation, 9 avril 1937.

[68].SAINT JOSÉMARIA, Amis de Dieu, n°s 301-303.

[69].SAINT JOSÉMARIA, Amis de Dieu, n° 249.

[70].SAINT JOSÉMARIA, Forge, n° 835.

[71].SAINT JOSÉMARIA, Quand le Christ passe, n° 154.

[72].SAINT JOSÉMARIA, Quand le Christ passe, n° 129.

[73].SAINT JOSÉMARIA, Homélie Prêtre pour l'éternité, 13 avril 1973.

[74].SAINT JOSÉMARIA, Forge, n° 542.

[75].SAINT JOSÉMARIA, Chemin, n° 23.

[76].SAINT JOSÉMARIA, Sillon, n° 688.

[77].PIE XII, Litt. enc. Mediator Dei, 20 novembre 1947, n° 20.

[78].JEAN PAUL II, Litt enc. Ecclesia de Eucharistia, 17 avril 2003, n° 12. Cf. CONCILE DE TRENTE, ses. XXII, Décret sur le Saint Sacrifice de la Messe, ch 2 (Dz 1743).

[79].Catéchisme de l'Église Catholique, n° 1364.

[80].SAINT JOSÉMARIA, Notes prises au cours d'une réunion, 22 mai 1970.

[81].JEAN PAUL II, Litt enc. Ecclesia de Eucharistia, 17 avril 2003, n° 11.

[82].SAINT JOSÉMARIA, Notes prises au cours d'une méditation, 14 avril 1960.

[83].SAINT JOSÉMARIA, Quand le Christ passe, n°s 86-87.

[84].SAINT JOSÉMARIA, Forge, n° 541.

[85].Cf. SAINT JOSÉMARIA, Quand le Christ passe, n°s 88-91.

[86].SAINT JOSÉMARIA, Forge, n° 69.

[87].MISSEL ROMAIN, Solennité de la Fête-Dieu, Séquence Lauda Sion.

[88].SAINT THOMAS D'AQUIN, Somme Théologique, III, q. 79, a. 1.

[89].SAINT LÉON LE GRAND, Homélie 12 sur la Passion, 7 (PL 54, 357).

[90].Catéchisme de l'Église Catholique, n° 1396.

[91].CONCILE D'ÉPHÈSE, année 431 (Dz. 262).

[92].SAINT JOSÉMARIA, Amis de Dieu, n° 296.

[93].SAINT JOSÉMARIA, Notes prises au cours d'une méditation, 19 mars 1975.

[94].SAINT JOSÉMARIA, Entretiens avec Mgr Escriva de Balaguer, n° 123.

[95].SAINT JOSÉMARIA, Chemin de Croix, XIème station, n° 4.

[96].CONCILE VATICAN II, Const. dogm. Lumen gentium, n° 3.

[97].Cf. JEAN PAUL II, Exhort. apost. Reconciliatio et pœnitentia, 2 décembre 1984, n° 31, I.

[98].SAINT JOSÉMARIA, Forge, n° 828.

[99].SAINT JOSÉMARIA, Forge, n° 834.

[100].SAINT JOSÉMARIA, Chemin, n°536.

[101].Ibid., n° 534.

[102].Ibid., n° 321.

[103].SAINT JOSÉMARIA, Quand le Christ passe, n° 122.

[104].SAINT JOSÉMARIA, Notes prises au cours d'une réunion, 4 avril 1970.

[105].SAINT JOSÉMARIA, Chemin, n°541.

[106].SAINT JOSÉMARIA, Instruction, 1er avril 1934, n° 3.

[107].Repris par DON ALVARO, Lettre, 16 juin 1978.

[108].Ibid.

[109].Ibid.

[110].SAINT JOSÉMARIA, Forge, n° 826.

[111].SAINT JOSÉMARIA, Notes prises au cours d'une réunion, 6 octobre 1968.

[112].CONCILE VATICAN II, Const. Sacrosanctum Concilium, n° 47.

[113].JEAN PAUL II, Litt enc. Ecclesia de Eucharistia, 17 avril 2003, n° 19.

[114].JEAN PAUL II, Litt enc. Ecclesia de Eucharistia, 17 avril 2003, n° 18.

[115].SAINT JOSÉMARIA, Entretiens avec Mgr Escriva de Balaguer, n° 113.

[116].SAINT JOSÉMARIA, Notes prises au cours d'une méditation, 27 mars 1975.

[117].Cf. JEAN PAUL II, Litt. enc. Evangelium vitæ, 25 mars 1995, n° 2.

[118].SAINT JOSÉMARIA, Chemin de Croix, VIème station, n° 2.

[119].SAINT JOSÉMARIA, Notes prises au cours d'une méditation, 25 décembre 1973.

[120].SAINT JOSÉMARIA, Chemin, n° 432.

[121].SAINT JOSÉMARIA, Forge, n° 267.

[122].Cf. JEAN PAUL II, Litt enc. Ecclesia de Eucharistia, 17 avril 2003, n°s 53-58.

[123].SAINT JOSÉMARIA, Quand le Christ passe, n° 89.

[124].JEAN PAUL II, Litt enc. Ecclesia de Eucharistia, 17 avril 2003, n°s 57.

[125].SAINT JOSÉMARIA, Chemin, n° 495.

[126].SAINT JOSÉMARIA, Notes prises au cours d'une conversation, 6 juin 1974.