Installation des reliques de Saint Josémaria et du bienheureux Alvaro en la Basilique Notre-Dame-de-Bonne-Garde

Le 25 juin 2017, une messe sera célébrée en la basilique Notre-Dame-de-Bonne-Garde de Longpont-sur-Orge pour l’installation des reliques de Saint Josémaria et du bienheureux Alvaro. Entretien avec Mgr Derville.

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Mgr Derville


Quand l’Église commence-t-elle à vénérer les reliques des saints ?

Les premières communautés chrétiennes rendaient déjà un culte aux martyrs. Elles célébraient l’Eucharistie sur leurs tombeaux. Non simplement en raison d’une croyance déjà répandue parmi les païens d’une vie possible après la mort, mais à cause de l’espérance de la résurrection des corps lors du retour du Christ et de la foi en sa présence réelle et mystérieuse dans l’Eucharistie. Puis au IVe siècle apparaît la déposition de reliques sous l’autel de l’église que l’on consacre ; pendant longtemps on scellera des reliques dans les autels : le lien qui les unit peut être suggéré par la liturgie d’adoration et de louange décrite dans l’Apocalypse.

Il est humain de garder le souvenir des êtres chers. La foi dans la résurrection et l’amour qui nous lie à eux sont associés au mémorial de la mort et de la résurrection de Jésus : la messe. Nous y sommes saisis par le Christ : la vie éternelle commence déjà en nous car l’Eucharistie nous transforme.

En quoi consiste la vénération de reliques ?

Évidemment, c’est la bonté de Dieu que nous vénérons dans ses saints. Dans les corps de ceux qui vivent avec le Christ, les Pères de l’Église et les conciles après eux, notamment le concile de Trente, reconnaissent les corps de ceux qui ont été membres vivants du Christ et temples de l’Esprit Saint : ces corps seront ressuscités et glorifiés. C’est Dieu que nous adorons en honorant les reliques des saints, précise Thomas d’Aquin, à cause de l’âme qui était unie à leur corps et qui maintenant jouit de Dieu, et à cause de Dieu qu’ils ont servi corps et âme. Notre corps sera mystérieusement uni de nouveau à notre âme. Avant la célébration eucharistique du 25 juin, les reliques ex corpore de saint Josémaria et du bienheureux Alvaro seront placées en évidence non loin de l’autel. Je les encenserai et nous prierons Dieu le Père qui a suscité dans l’Église saint Josémaria pour proclamer l'appel universel à la sainteté et à l'évangélisation. Nous lui demanderons de nous accorder d’être configurés à Jésus Christ dans l'exercice du travail quotidien et de servir amoureusement l'œuvre de la rédemption. Après la messe, une procession nous conduira au reliquaire où les reliques seront placées à côté de celles d’autres saints contemporains, comme Édith Stein et Jean-Paul II


Invitation téléchargeable (pdf)

Quel est le sens de la vénération des reliques ?

Comme théologien, j’y vois trois aspects : d’abord, l’incarnation de notre foi : nous sommes des êtres de chair ; ensuite, la force de la mémoire et, enfin, l’espérance de la résurrection. Nos cimetières ne sont pas des nécropoles, des « villes des morts », mais, comme l’indique l’étymologie grecque, des « lieux où l’on dort ». Dans les campagnes et dans certaines villes encore, les chrétiens sont mis en terre autour de l’église. Là se réunit la famille de Dieu, le dimanche. La communion des saints est ainsi rendue visible.

Le livre de Tobie, dans la version de la Vulgate, dit que nous sommes fils de saints et que nous attendons la vie éternelle promise aux croyants. Le concile Vatican II enseigne que l’Église vénère les reliques des saints dont la vie est pour nous un exemple et en qui nous contemplons les merveilles du Christ.

Que signifie pour vous cet événement ?

Nous vivons notre foi en un lieu concret à une époque donnée, ceux de notre rencontre avec Dieu et le prochain. Saint Josémaria et le bienheureux Alvaro ont passé un mois à Avrainville en 1966, quelques jours avant la création du diocèse d’Évry-Corbeil-Essonnes. Cette coïncidence providentielle renvoie à ce qu’est l’Église : signe et instrument de l’union avec Dieu et de l’unité du genre humain, c’est la communion des saints.

Et concernant saint Josémaria et le bienheureux Alvaro ?

Précisément lors de leur séjour dans la région, saint Josémaria a souvent parlé de la vie ordinaire. Dans ce monde la charité du chrétien estla bonne odeur du Christ. Le message évangélique transmis par Josémaria Escriva puis Alvaro del Portillo c’est que le monde n’est pas seulement notre lieu de rencontre avec Dieu, mais encore une tâche à accomplir : le monde est à parfaire : le pape François le rappelle dans l’encyclique Laudato si’. L’Église est le monde réconcilié avec Dieu. Notre mission est de transformer ce monde que nous aimons.

Avez-vous eu l’occasion de rencontrer saint Josémaria ?

Oui, une fois, à Rome.

Quels souvenirs en gardez-vous ?

Quand j’ai rencontré saint Josémaria, j’étais adolescent et j’avais commencé à méditer Chemin, et je voyais surtout en lui l’auteur d’un livre qui m’aidait à continuer à parler avec Dieu comme je vous parle et, en même temps, à m’ouvrir toujours plus aux autres. Ce qui me frappa, ce fut sa bonhomie, sa « normalité », sa vivacité de caractère, et surtout, paradoxalement peut-être, l’affection spontanée qu’il suscitait autour de lui. Je dirais la charité, et une charité empreinte d’affection : pas enfouie, exprimée, simplement.

Y a-t-il une phrase de lui qui vous a marqué davantage ?

Il nous a raconté la résurrection de Lazare. Jésus ne termine pas tout à fait ce miracle. Lazare avait les pieds et les mains liés de bandelettes, et le visage enveloppé d'un suaire. Jésus dit aux gens qui étaient là : « Déliez-le ». Saint Josémaria commentait : Dieu veut avoir besoin de nous.

Quel regard saint Josémaria portait-il sur la France ?

Il connaissait bien notre histoire. Je me rappelle que le jour où je l’ai vu, il a loué la dévotion de ma Provence natale à sainte Marie Madeleine. Il a aussi affirmé que la lutte intérieure du chrétien était dure, et à cette occasion il a évoqué… la ligne Maginot et la bombe atomique ! Une vraie guerre, en somme, mais contre soi-même. À un moment donné il a mentionné les découvertes scientifiques du professeur Jérôme Lejeune.

Plus généralement, saint Josémaria aimait la France. Dans son enfance il avait lu Jules Verne et Alphonse Daudet. Mgr Escriva connaissait la difficulté à reconnaître la vérité historique. Patriote, il abhorrait le nationalisme, ne serait-ce que comme manque de ce qu’il appelait l’humilité collective. La société aragonaise n’était pas spécialement francophile au début du XXe, à cause des atrocités commises un siècle plus tôt par les troupes du maréchal Lannes. Pour compenser cela, dès sa jeunesse il avait délibérément cultivé un certain amour de la France. Il aimait évoquer ses racines maternelles narbonnaises. Il considérait aussi que nous avions un don particulier pour divulguer des idées dans le monde entier, quand bien même elles étaient nées ailleurs, pour le bien ou pour le mal.

J’ajouterai qu’il avait une grande dévotion à Thérèse de Lisieux et au Curé d’Ars, et qu’il s’est beaucoup intéressé au mouvement liturgique lancé par Dom Guéranger.

Et votre souvenir du bienheureux Alvaro ?

Une forte personnalité, où douceur et fermeté s’alliaient dans une harmonie parfaite. Le pape François écrit que c’est la rencontre avec saint Josémaria qui lui apprit à s’éprendre chaque jour davantage du Christ. Je dirais aussi que la manière d’être de Alvaro del Portillo, si différente de celle de Josémaria Escriva, montre combien sainteté et épanouissement de la liberté personnelle vont de pair.

Un épisode est resté gravé dans ma mémoire. Quelques jours près la béatification de Josémaria Escriva, à Rome, à laquelle j’ai eu la joie d’assister en 1992, Mgr Alvaro del Portillo, alors évêque et prélat de l’Opus Dei, nous a bénis avec une relique du nouveau bienheureux. Il a improvisé quelques mots : malgré nos faiblesses, nous serions fidèles. Au fond, la confiance des saints dans l’amour de Dieu, croire avec eux que Dieu nous aime, est ce qui comble notre espérance.