Ce que dit l'histoire sur les Evangiles

Aucun texte de l'Antiquité n'offre autant de garantie de fidélité à l'original que celui du Nouveau Testament.

Catéchèses sur Jésus-Christ
Opus Dei - Ce que dit l'histoire sur les Evangiles Aucun texte de l'Antiquité n'offre autant de garantie de fidélité à l'original que celui du Nouveau Testament.

Le témoignage du Nouveau Testament sur Jésus-Christ est-il crédible ? Il est vrai que les écrits du Nouveau Testament sont seulement une petite partie des nombreux récits sur Jésus qui sont parvenus jusqu’à nous. Mais les textes conservés dans le Nouveau Testament furent dès l’origine considérés, parmi les premiers chrétiens, comme rapportant fidèlement la vie et les enseignements de Jésus. Ces témoignages résultent de la mise par écrit de la première prédication des disciples du Christ

Dans le Nouveau Testament, les témoignages les plus anciens sur le Christ ne sont pas les évangiles, mais les épîtres de saint Paul, rédigées environs vingt ou trente ans après la mort de Jésus (vers l’an 30). Ces épîtres, dont le contenu est conforme à celui des évangiles, se présentent comme le rappel d’un enseignement déjà transmis oralement.

Quant aux évangiles, la critique contemporaine, se fondant sur des critères linguistiques et historiques, s’accorde à situer entre les années 60 et 80 la rédaction des évangiles de Matthieu, Marc et Luc, et vers l’année 100 celle de l’évangile de Jean.

Le texte de ces évangiles, tel que nous le connaissons actuellement, est sans doute possible fidèle au texte original. Comme pour tous les textes anciens, la version que nous connaissons est établie à partir de manuscrits qui sont eux-mêmes copiés d’après un texte original. La fiabilité du texte dépend donc, d’une part, du nombre et de la qualité des manuscrits que l’on possède, et d’autre part de l’accord de ces manuscrits entre eux, qui permet de supposer qu’ils sont conformes à un même original.

On compte par milliers les manuscrits du Nouveau Testament. Ils sont remarquablement semblables entre eux. Par comparaison, la plupart des auteurs de l’antiquité classique ne nous connus qu’à travers un petit nombre de manuscrits, souvent fragmentaires, et très tardifs : le plus ancien manuscrit de La Guerre des Gaules, de Jules César, date du IXème-Xème siècle ; des Annales, de Tacite (rédigées vers 110 ap. J.-C.), nous possédons un manuscrit du IXème siècle, un autre du XIème, les autres « témoins » datant du XVème siècle ; La Guerre des Juifs de Flavius Josèphe (contemporain du Christ) nous est connue à travers des manuscrits du X-XIIème siècles…

Le papyrus Bodmer (détail)

La situation du Nouveau Testament est bien différente. Il existe plusieurs manuscrits complets datant du IVème siècle, et ce fait est déjà exceptionnel. Sur un fragment de papyrus de l’année 130 environ (le papyrus Ryland), on a retrouvé des versets de l’évangile de saint Jean. Le papyrus Bodmer, de la fin du IIème siècle, contient la totalité de cet évangile, et d’autres écrits du Nouveau Testament. Tous les manuscrits que nous possédons donnent, à quelques variantes près, le même texte. C’est un fait exceptionnel, qui témoigne du grand soin apporté, dès l’origine, à la transmission fidèle du texte original. On peut soutenir qu’aucun texte de l’Antiquité n’offre autant de garantie de fidélité à l’original que celui du Nouveau Testament.

Monnaie à l'effigie de Constantin (4ème siècle)

Constantin a-t-il fait modifier la Bible ? Lorsque Dan Brown suggère que l’empereur Constantin aurait pu « commander et financer » la rédaction d’une nouvelle Bible, et faire disparaître les témoignages plus anciens sur Jésus, il projette sur le IVème siècle une conception très moderne de l’édition… et de la propagande. À l’époque de Constantin, le texte actuel du Nouveau Testament était reconnu comme fidèle à l’enseignement des Apôtres depuis au moins deux siècles. La moindre altération du message aurait été vivement rejetée par les milliers de chrétiens déjà répandus dans tout l’Empire. En outre, le texte du Nouveau Testament circulait déjà dans d’innombrables copies, traitées avec vénération par les communautés chrétiennes : il est inimaginable que ces textes aient pu être détruits, ou même altérés, sur les ordres de l’empereur romain. Enfin, il est faux que l’empereur Constantin ait « commandé » une nouvelle Bible.

Des témoignages très anciens montrent que les premiers chrétiens considéraient comme authentiques les récits des évangiles. Par exemple, saint Irénée, dont le maître Polycarpe avait été disciple de saint Jean, écrivait, au IIème siècle :

« C’est par les apôtres que nous avons connu la vérité, c’est-à-dire l’enseignement du Fils de Dieu (…). Cet évangile, ils l’ont d’abord prêché ; ensuite, par la volonté de Dieu, ils l’ont transmis dans des Écritures, pour qu’il soit le fondement et la colonne de notre foi (...). Ainsi, Matthieu écrivit l’évangile en la langue des Juifs, alors que Pierre et Paul évangélisaient Rome et fondaient l’Église. Après la mort de ceux-ci, Marc, disciple et interprète de Pierre, nous communiqua par écrit ce que Pierre avait enseigné. Et Luc, qui avait accompagné Paul, mit par écrit l’évangile que celui-ci prêchait. Enfin Jean, disciple du Seigneur, celui qui avait reposé sur le sein du Seigneur, écrivit l’évangile à Éphèse en Asie » (Contre les hérésies, III, 1, 1).

Que sont les évangiles apocryphes ? Les « évangiles apocryphes » sont un ensemble hétéroclite de textes d’origine et de valeur très diverse. Certains peuvent être considérés comme rapportant des faits authentiques, mais mêlés à des imaginations plus ou moins naïves (par exemple, le texte connu comme « Protévangile de Jacques » est la source de la tradition concernant le nom des parents de la Vierge Marie, Anne et Joachim). D’autres évangiles apocryphes, en revanche, déforment profondément la vie et l’enseignement du Christ, pour les faire coïncider avec les idées de groupes extérieurs à l’Église. C’est le cas, notamment, des évangiles dits « gnostiques », qui furent rédigés autour du IIIème et du IVème siècles. La caractéristique des évangiles gnostiques est qu’ils prétendent rapporter la doctrine « secrète de Jésus », transmise seulement à quelques initiés – en marge, par conséquent, de l’enseignement « public » du Christ.

Ces textes gnostiques, dont plusieurs manuscrits furent découverts en Égypte (à Nag Hammadi) en 1945, sont évidemment d’un grand intérêt pour l’historien. Datant du IVème siècle, les manuscrits nous renseignent en effet sur les idées de certains groupes religieux influencés par le christianisme. Mais ils ne constituent en aucun cas une source de renseignements sur le Christ et ses premiers disciples : ils sont trop tardifs, contiennent très peu de faits historiques, et expriment des préoccupations religieuses marquées par certaines tendances du judaïsme et par l’hellénisme.

Ceci vaut également pour « l’évangile de Judas », récemment édité et traduit. Selon le Pr Rodolphe Kasser, de Genève, qui a traduit le texte, « il faut dire et redire qu’il s’agit d’une interprétation postérieure, imaginée au IIème siècle après J.-C. Vous ne trouverez ici aucune information historique nouvelle sur le véritable Judas l’Iscariote. »

Origène, écrivant au IIIème siècle, donne un témoignage très clair sur la façon dont les chrétiens ont voulu, dès le début, protéger les évangiles authentiques contre les falsification des apocryphes :

« Au temps du Nouveau Testament, beaucoup ont essayé d’écrire des évangiles, mais tous n’ont pas été acceptés (…). Matthieu, Marc, Jean et Luc n’ont pas essayé d’écrire : c’est remplis du Saint-Esprit qu’ils ont écrit les évangiles (…). L’Église possède quatre évangiles ; les hérétiques, un très grand nombre (…). Ainsi beaucoup ont essayé d’écrire, mais quatre évangiles seulement sont approuvés ; et c’est d’eux que l’on doit tirer, pour le mettre en lumière, ce qu’il faut croire de la personne de notre Seigneur et Sauveur. Je sais qu’il existe un évangile que l’on appelle “selon Thomas” et un autre “selon Matthias” ; et nous en lisons quelques autres encore pour ne pas avoir l’air d’être des ignorants à cause de ceux qui s’imaginent savoir quelque chose, quand ils connaissent ces textes. Mais, en tout cela, nous n’approuvons rien sinon ce qu’approuve l’Église : on doit admettre quatre évangiles seulement » (Homélies sur saint Luc, 1).